La question de la candidature de Laurent Gbagbo à la Présidentielle de 2025 continue de faire des vagues en Côte d’Ivoire.
En témoigne la sortie médiatique de Jean-Gervais Tchéidé, secrétaire général du parti de Laurent Gbagbo en réponse aux propos tenus, mercredi, par le porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly.
Mercredi, au cours de la conférence de presse consacrée au compte-rendu du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a dû se prononcer sur cette candidature à la Présidentielle de 2025. Ceci, en dépit de l’inéligibilité de l’ancien Président en raison de sa condamnation à 20 ans de prison dans l’affaire du casse de la BCEAO.
Pour le ministre, l’inéligibilité de l’ancien Président n’est que la conséquence d’une décision de justice qui a été transmise à la Commission électorale indépendante (CEI). « Cela reste une question de justice. Nous sommes dans un État de droit. Je pense que Monsieur Gbagbo est quelqu’un qui croit en l’État de droit. Il saura respecter les décisions de justice ». 
L’ancien président est finalement acquitté des accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la CPI en janvier 2019, mais reste sous la condamnation prononcée un an plus tôt par la justice ivoirienne à vingt ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale de 2010-2011. De retour en Côte d’Ivoire en juin 2021, il est gracié l’année suivante par le président Alassane Ouattara. Mais contrairement à une amnistie, la mesure n’a pas effacé la condamnation de son casier judiciaire et ne lui a donc pas permis de recouvrer ses droits civiques.
Les propos du porte-parole du gouvernement ont suscité une réponse rapide du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) à travers son secrétaire général, Jean-Gervais Tchédié.
Pour lui, les membres du gouvernement s’agitent « comme des fourmis qui reçoivent des braises en leur sein » alors même que le PPA-CI n’a encore rien fait. « Nous n’avons fait que nous rassembler à Agboville et annoncer la candidature du Président Gbagbo à l’élection présidentielle de 2025. Nous n’avons même pas encore entamé le match que ce pouvoir démontre une fébrilité qui fait pitié », poursuit-il.
Le secrétaire général du PPA-CI balaie d’un revers de main l’inéligibilité du Président Laurent Gbagbo dont il est convaincu de la participation et même de la victoire à la Présidentielle de 2025.
Mais même dans le cas d’une amnistie ou d’un accord politique qui autoriserait sa candidature, les chances pour Laurent Gbagbo d’accéder de nouveau à la présidence restent minces. Le PPA-CI a raté son entrée en scène aux élections locales de septembre 2023, remportant sous sa propre bannière deux communes sur 201 et aucune région sur 31, et neuf communes et une région grâce aux listes d’alliance avec l’autre grand parti d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).
Le seul moyen d’inverser le déclin serait pour Laurent Gbagbo de « réconcilier la gauche ivoirienne, c’est-à-dire de convaincre Pascal Affi N’Guessan, du FPI [Front populaire ivoirien, l’ancien parti de Laurent Gbagbo], Simone Gbagbo [son ex-épouse, à la tête du Mouvement des générations capables] et Charles Blé Goudé [son ancien bras droit, qui dirige le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples] de le rejoindre ». Faute de quoi, « ce sera pour lui une candidature de témoignage », qui lui permettra de rester présent dans l’actualité politique, mais sans réel espoir de l’emporter. 
Avec les positions qui semblent ainsi tranchées de part et d’autre, beaucoup d’Ivoiriens sont inquiets sur le sort du pays en 2025. Le spectre de 2010-2011 hante encore les esprits. Surtout que du côté du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) également, on annonce déjà les couleurs.
Dans une récente interview accordée à Jeune Afrique, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Adama Bictogo, a notamment déclaré ce qui suit : « Il (Alassane Ouattara, ndlr) a le droit d’être candidat en 2025 et, en tant que Président en exercice, il demeure le candidat naturel du parti ».
Treize ans après sa chute, Laurent Gbagbo repart à la conquête du pouvoir. Un pari risqué, alors que l’ancien chef de l’Etat, âgé de 78 ans, a été radié des listes électorales en 2020 et reste inéligible.
D’où la grande question : s’achemine-t-on vers un nouveau duel Ouattara-Gbagbo ? Dans quelles conditions ?
Guylain Gustave Moke