Le 18 avril 2024, le régime militaire au pouvoir au Burkina Faso a déclaré trois diplomates français, dont deux conseillers politiques, « persona non grata », les accusant d’ »activités subversives ». Les trois diplomates sont Gwenaëlle Habouzit, Hervé Fournier et Guillaume Reisacher, selon le ministère burkinabè.
L’annonce est tombée mais le ministère burkinabè des Affaires étrangères n’a pas fourni de détails spécifiques sur les activités incriminées. Il s’est contenté de mentionner qu’elles étaient « incompatibles avec leur statut diplomatique ». En réaction, la France a qualifié ces accusations d’ »infondées » et a exprimé qu’elle « envisageait toutes les options » en guise de réponse, tout en appelant à une « désescalade » et au « dialogue ».
Cette expulsion survient dans un climat de tensions croissantes entre la France et le Burkina Faso suite au coup d’État militaire du 30 septembre 2022 qui a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré.
Cette mesure s’inscrit dans une série d’actions récentes par lesquelles la junte cherche à réduire l’influence française au Burkina Faso, incluant la suspension des diffusions des chaînes France 24 et TV5 Monde et de la radio RFI. 
Le 1er décembre dernier, quatre fonctionnaires français – des agents du renseignement selon les autorités burkinabè, des techniciens de maintenance informatique selon une source diplomatique française – avaient été arrêtés à Ouagadougou, puis mis en examen deux semaines plus tard et incarcérés, selon la source française. Ils se trouvent aujourd’hui en résidence surveillée, selon des sources sécuritaires du Burkina.
Un an auparavant, en décembre 2022, le gouvernement burkinabè avait expulsé deux Français qui travaillaient pour une société burkinabè, soupçonnés par les autorités d’être des espions.
Quelques mois après son arrivée au pouvoir, Ouagadougou avait dénoncé en mars 2023 un accord militaire de 1961 avec la France, après avoir obtenu le retrait des forces françaises. L’ambassadeur de France à Ouagadougou, rappelé après le coup d’Etat, n’a pas été remplacé depuis.
Les relations entre la France et le Burkina Faso, anciennement la Haute-Volta, sont ancrées dans une histoire coloniale complexe. Depuis l’indépendance du Burkina Faso en 1960, les liens bilatéraux ont souvent été marqués par une coopération étroite mais également par des périodes de tension.
Sous la présidence de Thomas Sankara dans les années 1980, le Burkina Faso a adopté une posture plus critique envers la France et sa politique africaine. Les relations se sont temporairement apaisées, mais les récents changements politiques au Burkina Faso et les mouvements anti-français mettent de nouveau ces relations sous tension.
Plus globalement, la situation au Sahel s’est largement complexifiée. La région est déstabilisée par des conflits armés, le terrorisme et des crises humanitaires sévères. La présence militaire française, initialement vue comme un soutien, est désormais perçue comme néocoloniale par une partie des populations locales. Cette perception a conduit à une hostilité croissante envers la France, exacerbée par des initiatives de la junte burkinabè visant à affirmer sa souveraineté en limitant l’influence occidentale.
L’expulsion des diplomates français prend place dans ce cadre de tension et de communication du gouvernement burkinabé qui cherche à donner des signes à sa population. Ce qui risque de compliquer davantage la situation. En effet, cela pourrait notamment participer à réduire encore plus la capacité des deux nations à collaborer efficacement sur des questions de sécurité et de développement. Ceci à un moment où le Burkina Faso a désespérément besoin de stabilité.
Dans sa volonté de diversifier ses partenariats, le Burkina Faso s’est notamment rapproché de la Russie. Outre le renforcement des relations sécuritaires, la Russie a également promis de construire une centrale nucléaire au Burkina. La forte présence russe dans la région, avec un soutien militaire mais aussi la mise en place de campagne de désinformation sur les réseaux sociaux ne contribuent pas à l’apaisement, bien au contraire.
Le régime militaire burkinabè s’est également rapproché de ses deux voisins, le Mali et le Niger, eux aussi gouvernés par des militaires issus de coups d’Etat en 2020 et 2023 et qui ont également décidé de couper leurs liens avec l’ex-puissance coloniale française et de diversifier leurs partenariats, en particulier avec Moscou.
Guylain Gustave Moke