Alors que la France a tourné la page de ses bases militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, son ambassadeur à Nouakchott met en avant une autre relation avec l’Afrique : investissements, infrastructures, eau, formation.
La Mauritanie occupe aujourd’hui une place à part dans le paysage sahélien. Tandis que les relations entre Paris et plusieurs capitales de la région se sont brutalement dégradées, Nouakchott continue d’entretenir avec la France un dialogue politique et économique soutenu. Emmanuel Besnier insiste sur cette continuité, qu’il rattache à la stabilité du pays, à la visite d’État du président Mohamed Ould Ghazouani à Paris et à la présence croissante d’entreprises françaises.
L’ambassadeur rappelle ainsi que près de quarante entreprises françaises emploient plus de 2 000 personnes en Mauritanie. Il cite notamment le groupe Meridiam, engagé dans le terminal à conteneurs du port de Nouakchott, avec un investissement de 155 millions d’euros et environ 350 emplois locaux. Dans une région où l’image de la France reste largement associée au retrait militaire et aux tensions politiques, ce discours économique tranche avec les séquences observées ces dernières années au Mali, au Burkina Faso ou au Niger. 
L’Agence française de développement occupe une place centrale dans cette relation. Selon Emmanuel Besnier, l’AFD conduit plus de quarante projets en Mauritanie. Ils touchent à des secteurs très différents : l’approvisionnement en eau de Nouakchott via Aftout Saheli, l’appui au Parc national du Banc d’Arguin, la construction d’un Centre national de transfusion sanguine, ou encore la mise en valeur de terres agricoles dans le sud et l’est du pays.
Ce choix des infrastructures, de l’eau, de la santé et de l’agriculture permet à Paris de mettre en avant une coopération plus visible dans le quotidien des populations, loin de l’empreinte sécuritaire qui a longtemps dominé son action au Sahel. Après les critiques adressées à la présence militaire française, la Mauritanie offre un terrain où la France peut défendre une autre approche : moins centrée sur les bases, davantage tournée vers l’investissement, la formation et l’emploi local.
L’ orientation : « Faire de la relation économique le moteur d’une relation nouvelle entre la France et la Mauritanie ». La formule dit bien la volonté de Paris de déplacer le centre de gravité de sa présence. Dans ce cadre, les entreprises, les banques de développement et les projets de long terme deviennent des instruments diplomatiques à part entière.
La Mauritanie s’y prête particulièrement. Le pays se trouve à la jonction du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest. Il dispose d’importantes ressources minières, avec la place centrale de la SNIM dans le minerai de fer. Il est aussi concerné par le démarrage de l’exploitation du gaz de Grand Tortue Ahmeyim et par les projets liés à l’hydrogène vert. Autant de secteurs où les acteurs français veulent rester présents, dans un contexte de concurrence accrue avec d’autres partenaires internationaux.
Pour Paris, l’enjeu est aussi de montrer qu’une coopération française peut encore être acceptée et valorisée en Afrique de l’Ouest, à condition de s’inscrire dans des projets économiques lisibles et dans une relation moins verticale.
Reste à savoir si le cas mauritanien peut servir d’exemple ailleurs. La réponse n’a rien d’évident. La Mauritanie réunit plusieurs conditions rarement alignées dans la région avec une relative stabilité institutionnelle, une position géographique stratégique, des ressources attractives et une diplomatie prudente, notamment vis-à-vis de la Confédération des États du Sahel.
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