Environ 8 millions d’électeurs se sont déplacés dimanche 29 décembre pour les élections générales, soit la moitié du corps électoral. L’opposition avait appelé à boycotter le scrutin.
Quelque 8 millions de Tchadiens ont voté dimanche 29 décembre aux élections législatives, provinciales et locales marquées par une faible participation – 52,37 % à la clôture des bureaux de vote – et des soupçons de fraudes de l’opposition qui avait appelé à boycotter le scrutin.
A N’Djamena, où le taux de participation a plafonné à 36,22 %, selon les estimations de l’Agence nationale de gestion des élections (ANGE), alors que le dépouillement est toujours en cours, des partis de l’opposition ont annoncé « leur retrait du processus » électoral dans le 3e arrondissement en raison de « fraudes ».
L’opposition a boycotté le scrutin présenté par le régime du maréchal Mahamat Idriss Déby Itno comme la dernière étape de la transition ouverte par le putsch qui l’a porté au pouvoir en avril 2021 après la mort de son père avant une légitimation par les urnes en mai. 
Comme le veut la tradition, nomades, policiers et militaires ont voté dès samedi, avec plus de 72 % de votes exprimés dans l’armée et plus de 54 % pour la population nomade, selon l’Ange. Une armée sur laquelle Mahamat Idriss Déby a su renforcer son emprise. Ces dernières années, de nombreux militaires de sa génération ont été faits généraux.
Le vote s’est déroulé dans 26 617 bureaux de vote à travers le pays, en présence d’une centaine d’observateurs étrangers et de représentants des partis politiques. Le scrutin intervient dans un contexte géopolitique mouvant, avec le retrait en cours de l’armée française après la rupture d’un accord de coopération militaire remontant à la fin de la colonisation, des attaques du groupe djihadiste Boko Haram dans la région du lac Tchad et des accusations récurrentes d’ingérence dans le conflit qui ravage le Soudan voisin.
Le nouveau chef de l’Etat devrait obtenir sans difficulté la majorité des sièges à l’Assemblée nationale et asseoir un peu plus son pouvoir au Tchad : le Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti fondé par son père, s’est rangé en ordre de bataille derrière lui, et le principal parti d’opposition boycotte ces élections.
Le pouvoir semble, à ce jour, sûr de son fait, prêt à dominer sans partage. Elevé au grade de maréchal en pleine campagne électorale, Mahamat Idriss Déby aura, une fois les élections achevées, les mains libres pour exercer un pouvoir quasi absolu.
Ces élections législatives, municipales et locales viennent clore un chapitre ouvert en avril 2021 avec le décès d’Idriss Déby Itno, tué au combat alors qu’un groupe rebelle approchait, une nouvelle fois, de N’Djamena et du palais présidentiel, qu’il occupait depuis plus de trente ans.
Les dernières élections législatives remontent à 2011. L’Assemblée devait être renouvelée en 2015, mais il y a eu plusieurs reports successifs justifiés par la menace djihadiste, les difficultés financières, l’épidémie de Covid-19 et la transition qui a suivi le putsch militaire après le décès du maréchal Déby père, tué par des rebelles après trente ans de pouvoir sans partage.
Puis, un Parlement de transition composé de 93 membres a été désigné par décret présidentiel en 2021. En recevant son grade de maréchal le 21 décembre, le chef de l’Etat a affirmé que son accession au pouvoir avait « évité au pays de sombrer dans le chaos » et vanté sa « marche vers le progrès ». L’opposition, elle, dénonce un régime qu’elle juge autocratique et violemment répressif.
Par Guylain Gustave Moke