L’année 2024, à quelques heures d’intervalle, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont à leur tour annoncé le départ des militaires français de leur sol et officialisé une « réorganisation ». En novembre 2024, le Tchad a également mis fin à son accord de coopération militaire après plusieurs décennies. Avec ces retraits successifs, la France ne conserve désormais qu’une présence limitée à Djibouti, où 1 500 soldats sont encore stationnés, et un petit contingent au Gabon.
C’est lors de son discours du Nouvel An, que e Président Sénégalais a fait cette déclaration. Bassirou Diomaye Faye avait déjà exprimé cette intention, le 28 novembre dernier, soulignant que la présence de forces militaires étrangères n’était plus compatible avec la souveraineté du Sénégal, 64 ans après son indépendance. Le dirigeant a également précisé qu’il avait donné des instructions au ministre des Forces armées pour élaborer une nouvelle doctrine de coopération en matière de défense, afin d’officialiser ce retrait.
À partir de 2025, toutes les bases militaires étrangères devront quitter le territoire sénégalais. Il a insisté sur le fait que le Sénégal continuera à entretenir des relations stratégiques avec ses partenaires, mais dans le cadre d’une coopération plus ouverte, diversifiée et dénuée de toute dépendance militaire étrangère. Élu en mars sur un programme de souverainisme et de rupture avec les anciennes relations de dépendance vis-à-vis des puissances étrangères, Bassirou Diomaye Faye souhaite promouvoir un panafricanisme de gauche, axé sur l’autonomie des nations africaines. 
Parallèlement, la Côte d’Ivoire a annoncé la rétrocédation de la base militaire française située à Abidjan. Le Président ivoirien Alassane Ouattara a indiqué que cette décision faisait partie d’une réorganisation de la présence militaire française en Afrique.
À partir de janvier 2025, le 43e Bataillon d’infanterie de marine de Port-Bouet sera transféré aux forces armées ivoiriennes. Ce retrait marque une étape importante dans la transition vers une plus grande autonomie pour l’armée ivoirienne, après plusieurs années de coopération avec la France, notamment dans la lutte contre le terrorisme.
Cette réorganisation s’inscrit dans un contexte plus large où la France reconsidère sa présence militaire en Afrique, notamment après avoir été chassée de pays sahéliens comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où des juntes hostiles à Paris ont pris le pouvoir.
Á l’origine de la présence et de la coopération militaires en Afrique remonte au pacte tacite de la décolonisation de l’Afrique francophone. Cette coopération a permis la création des armées africaines des anciennes colonies et s’inscrivait dans le projet visant à éviter l’expansion du communisme et à maintenir l’influence de la France dans les pays nouvellement indépendants.
De 1970 au début du XXIe siècle, les opérations extérieures de l’armée française sur le continent se sont multipliées au point d’aboutir à une sur-militarisation de la relation franco-africaine qui a éclipsée les autres dimensions de cette relation et déformé la vision des intérêts de la France en Afrique.
Ce dispositif politico-sécuritaire définissait un périmètre géopolitique plus tard nommé le « pré carré » de la France en Afrique francophone et relevait d’un système de gouvernance des relations entre Paris et ses anciennes colonies appelé la « Françafrique ».
Mais l’effet dissuasif de ce dispositif fut insuffisant, et à partir de l’opération Limousin déclenchée en 1968 au Tchad, il fut activé à de nombreuses reprises via des opérations extérieures (OPEX). Basées sur les accords de défense, elles étaient défensives (et non offensives) et étaient censées protéger les régimes en place contre différents types de menaces (en Mauritanie, opération Lamantin contre le Polisario en 1977-1978 ; au Zaïre, opération contre les sécessionnistes katangais en 1978, etc.). Seules les opérations Caban et Barracuda en 1979 furent dirigées contre un régime africain, en l’occurrence celui de « l’Empereur » Bokassa en Centrafrique.
Le 27 février 2023, dans un discours préalable à un déplacement en Afrique, le président de la République Emmanuel Macron annonçait « un nouveau modèle de partenariat militaire » entre la France et les pays africains1 . Ce nouveau modèle devait prendre deux formes : une « réduction visible des effectifs français » et une « augmentation de l’offre de formation, d’accompagnement et d’équipements au meilleur niveau ».
En 2024, les raisons qui présidaient à la coopération militaire française en Afrique ont presque toutes disparu. Cette coopération ne se justifie plus que pour aider les gouvernements d’Afrique de l’Ouest à lutter contre l’expansion de la menace djihadiste.
Au lieu de démilitariser la relation franco-africaine, le gouvernement français cherche à inventer un nouveau modèle de partenariat militaire qui est politiquement risqué et ne va pas mettre fin aux aspects les plus visibles et les plus critiqués de la relation militaire franco-africaine. 
Après les échecs politiques de ces dernières années , la démilitarisation de l’image de la France en Afrique s’impose comme une nécessité soulignée. Loin de s’engager dans cette voie, le gouvernement français va probablement opter pour la réduction des effectifs militaires déployés, le maintien des bases et la relance de la coopération militaire. Cette nouvelle approche consistera à se désengager (moins de militaires) et à s’engager (plus de formations), à partir et à rester, bref à faire du « en même temps ».
Le départ des troupes françaises de la Côte d’Ivoire et du Sénégal s’inscrit dans une dynamique amorcée par d’autres pays africains. Ces dernières années, la France a été contrainte de retirer ses forces du Mali, du Niger et du Burkina Faso après des changements de politique interne et des manifestations populaires massives dénonçant l’ingérence extérieure.
Pour les pays africains, ces départs ouvrent la voie à une coopération diversifiée, basée sur le respect mutuel. Plusieurs pays se tournent vers de nouveaux partenaires, jugés plus à même de respecter leur souveraineté tout en apportant une aide concrète dans les domaines militaire et économique.
Par Guylain Gustave Moke