Hier mercredi, les députés congolais ont rejeté une motion de défiance qui visait le Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. La motion n’a même pas été examinée sur le fond puisque les députés de l’Union sacrée de la nation l’ont d’emblée rejetée sur la forme.
Jacquemain Shabani ne sera pas inquiété quant à son maintien à son poste. Du moins jusqu’à nouvel ordre, c’est à dire jusqu’à un remaniement ministériel que Félix Tshisekedi semble sur le point d’opérer.
Ce mercredi 29 avril 2026, les députés congolais se sont penchés sur la motion de défiance visant le Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur. Au cours de la séance, les débats n’ont porté que sur la recevabilité de la motion. Portés par le député Garry Sakata, ces débats ont débouché sur le rejet pur et simple de la motion. Pour l’élu de la province du Kwilu, la motion, qui a péché par sa forme, ne peut être reçue par l’Assemblée nationale.
Garry Sakata fait, en effet, observer que les signatures portées par le document auraient été « obtenues de manière dolosive ». Il pointe également de nombreuses irrégularités qui auraient entaché la motion. Pour preuve, il a cité des erreurs sur la graphie de certains noms portés par la motion ; par exemple, il est écrit « Imani » pour « Amani », « Pua » pour « Puwa ». Et de conclure : « Cette motion devrait être déclarée irrecevable. C’est une fraude avérée ». 
Pour les élus de l’Union sacrée de la nation, l’argumentaire développé par Garry Sakata, c’est du pain bénit. Eux-mêmes avaient reçu l’instruction de rejeter tout simplement la motion. En effet, dans une note censée être confidentielle, mais finalement publiée dans la presse, les responsables de l’USN invitaient leurs élus à voter contre la motion en cas de vote.
Deux raisons étaient avancées pour justifier cette posture : primo, la majorité ne saurait soutenir la destitution d’un ministre issu de ses propres rangs ; secundo, le Président Tshisekedi aurait annoncé un remaniement ministériel pour bientôt. Dans ce cas, à quoi bon vouloir déchoir un ministre maintenant ? Autant laisser le premier des Congolais lui-même s’occuper des ministres qui ne remplissent pas convenablement leurs missions.
C’est la question qui découle du deuxième motif avancé par les responsables de l’Union sacrée de la nation pour justifier le rejet de la motion. Mais il serait hasardeux à l’heure actuelle d’avancer une réponse tranchée à cette question majeure, au regard du profil de la personne concernée. Jacquemain Shabani est un baron de l’UDPS, le parti présidentiel dans lequel il milite depuis 1997. Il a fait ses armes dans ce parti, y a gravi les échelons au point d’être nommé secrétaire général par Etienne Tshisekedi lui-même en 2011.
Il est par ailleurs le fils de Célestin Shabani, lui-même ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Etienne Tshisekedi. Président de la Commission électorale permanente de l’UDPS depuis 2018, il assure la direction de la campagne de Félix Tshisekedi pour la Présidentielle 2023. Elu sénateur pour le compte du Nord-Kivu en mai 2024, il sera appelé au gouvernement deux jours plus tard au poste de Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières. Il sera reconduit au même poste dans le gouvernement Suminwa II en août 2025.
Tout porte à croire que Jacquemain Shabani a les reins bien solides dans l’appareil de l’UDPS. Toutefois, en politique, rien d’impossible. Puisque déjà les gens soupçonnent les milieux proches du Président Tshisekedi d’avoir encouragé in petto la motion de défiance qui a d’ailleurs été émise par le député Yangotikala Senga Laddy, lui-même membre de l’USN. Mieux, cette assemblée a déjà connu la démission de son président, Vital Kamerhe, qui s’était empressé de jeter le tablier pour ne pas subir l’humiliation d’une destitution. Même scenario avec le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo.
Les motifs sous-tendant la motion déposée par le député Yangotikala Senga Laddy, signée par 56 députés, et enregistrée au cabinet du président de l’Assemblée nationale, le 23 avril, sont les ingérences répétées dans les affaires des provinces, l’insécurité persistante à Kinshasa en dépit de l’opération « Ndobo » lancée décembre 2024 contre les délinquants urbains sur place appelés Kukuna, et une entrave au contrôle parlementaire.
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