« Le gouverneur a harcelé sexuellement un certain nombre d’employés actuels et anciens de l’Etat de New York en se livrant, entre autres, à des attouchements importuns et non consensuels, et en faisant de nombreux commentaires offensants de nature suggestive et sexuelle qui ont créé un environnement de travail hostile pour les femmes », a affirmé, mardi, la procureure de New York, Letitia James, lors de la présentation du rapport écrit par Joon Kim, un ancien procureur fédéral, et Anne Clark, avocate spécialiste des questions de discrimination au travail.

Ces derniers ajoutent que « la culture du cabinet du gouverneur – une culture faite de peur et d’intimidation, qui, en parallèle, normalisait les fréquents flirts et les commentaires sexistes du gouverneur – a contribué aux conditions qui ont permis au harcèlement sexuel de se produire et de persister ».

Le rapport détaille sur 168 pages les griefs de onze femmes corroborés par 179 témoignages. M. Cuomo avait été longuement entendu mi-juillet. La grande majorité des faits étaient déjà connus depuis cet hiver. Sa première accusatrice fut une ex-conseillère économique, Lindsey Boylan : selon elle, le gouverneur l’avait embrassée sur la bouche de façon non sollicitée et aurait suggéré de jouer avec lui au « strip poker » lors d’un voyage en avion.

Lors de sa conférence de presse où fut présenté le rapport, Letitia James a noté que ces actes avaient été réalisés « en violation des lois fédérales et de l’Etat ». Elle a toutefois exclu des poursuites pénales de sa part – « notre travail est achevé » –, estimant que d’autres instances pouvaient agir. A Albany, capitale de l’Etat, le procureur local a ouvert une enquête pénale à l’issue jugée compliquée.

Côté politique, Carl Heastie, président de la Chambre des représentants de l’Etat de New York, veut conclure rapidement une procédure de destitution. Les deux sénateurs démocrates de l’Etat, Chuck Schumer et Kirsten Gillibrand, qui avaient déjà appelé M. Cuomo à démissionner cet hiver, ont qualifié les actes de M. Cuomo de « profondément dérangeants, inappropriés et totalement inacceptables ». Les sénateurs ont déclaré qu’ils « continuent de croire que le gouverneur devrait démissionner ».

Au plus fort de la pandémie de Covid-19, Andrew Cuomo était le père des New-Yorkais. Chaque jour, le gouverneur démocrate de l’Etat de New York donnait ses conseils pour lutter contre le virus lors de conférences de presse – ce qui lui a valu de se voir décerner un Emmy Award, en novembre 2020. Entre Donald Trump, qui proposait de boire du désinfectant, et le mal-aimé maire de New York Bill de Blasio, il était considéré comme le « gouverneur de l’Amérique ». On le voyait interviewé sur CNN par son propre frère, Chris, avec qui il se chamaillait pour savoir lequel d’entre eux était le préféré de leur mère.

A cette époque, alors que des doutes subsistaient sur Joe Biden, certains déploraient même que le gouverneur de l’Etat, élu à trois reprises depuis 2010, ne fût pas le candidat démocrate à la présidentielle de 2020. Andrew Cuomo, 63 ans, donnait l’image d’un homme qui avait bien géré la crise du Covid, alors que New York en était devenu l’épicentre planétaire. Et puis tout s’est effondré.

D’abord sur la gestion du Covid-19 : on a appris que l’Etat de New York avait renvoyé des patients testés positifs dans les maisons de retraite pour libérer des places dans les hôpitaux, ce qui aurait accéléré la pandémie. Il n’avait de plus pas inclus dans les morts de ces établissements les 3 800 patients qui étaient allés mourir à l’hôpital ou chez eux. L’affaire n’a pas changé le nombre total de morts décomptés dans l’Etat de New York (47 500, dont 15 000 personnes originaires des maisons de retraite, quel que soit leur lieu de décès), mais a jeté une lumière crue sur la gestion de ces établissements.

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