Les autorités algériennes font monter la pression sur Paris. La France est notamment accusée d’avoir ourdi un complot visant à « déstabiliser » l’Algérie.
Un nouveau palier vient d’être franchi dans la détérioration de la relation franco-algérienne avec l’annonce, dimanche 15 décembre, que l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, avait été convoqué par le ministère des affaires étrangères qui lui a soumis une longue liste de griefs.
Cette convocation de M. Romatet, qui a eu lieu jeudi 12 décembre – mais n’a été rendue publique que dimanche – sur fond d’accusations aussi graves, illustre la profondeur de la crise bilatérale ouverte par le revirement pro-marocain de Paris sur le dossier du Sahara occidental.
D’après un reportage diffusé en Algérie, un certain Mohamed Amine Aïssaoui, présenté comme un ancien djihadiste de l’organisation Etat islamique, aurait été recruté par la DGSE française pour constituer des groupes armés. Un nouveau signe de la dégradation des relations entre Paris et Alger. 
Cet homme de 35 ans se décrit comme un repenti et accuse nommément la DGSE française de l’avoir recruté pour constituer des groupes armés en Algérie.
Mohamed Amine Aïssaoui, selon son récit, né en Algérie, a grandi en Espagne avec ses parents et aurait vécu en France durant l’année 2013, d’où, dit-il, il a rejoint l’EI en Irak. Il raconte avoir été contacté, en 2022, par l’association française Artémis, spécialisée dans la « prévention de la radicalisation ».
D’après Alger, Mohamed Amine Aïssaoui a d’abord été chargé de collecter des informations sur les radicaux islamistes dans sa région de Tipaza et les passeurs de migrants. La DGSE, assure-t-il, voulait l’envoyer au Niger moyennant 50 000 euros de frais pour intégrer un groupe armé, mais le projet a été annulé à la suite du coup d’Etat de juillet 2023 dans ce pays.
On lui aurait notamment demandé de se rapprocher des islamistes radicaux à Alger et Oran. Les services de sécurité algériens, indique-t-il, étaient constamment informés de ses échanges et lui auraient fourni de fausses listes de radicaux à livrer aux Français, avant de lui demander de cesser ses contacts avec eux.
Des sources sécuritaires, avait révélé un « mystérieux complot contre l’Algérie » où « des membres influents du Mossad, cinq responsables des services de renseignement français ainsi que douze éléments des services marocains » se seraient réunis à Tel-Aviv pour l’élaboration d’un plan de déstabilisation de l’Algérie.
La révélation survenait après le règlement de la crise autour de l’affaire Bouraoui, du nom de cette opposante algérienne détentrice d’un passeport français protégée in extremis d’une extradition vers Alger par la diplomatie française alors qu’elle s’était réfugiée à Tunis début février 2023.
La campagne médiatique déclenchée autour de ce mystérieux complot de Tel Aviv en plein apaisement franco-algérien pouvait révéler l’existence de tensions entre clans du régime sur l’attitude à avoir vis-à-vis de Paris.
Paris juge l’accusation abracadabrante et fantasmagorique , d’une opération clandestine montée par les services de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) visant, selon la presse algérienne, à « recruter » des terroristes algériens repentis dans le but de « déstabiliser » l’Algérie.
Certains observateurs se demandent si la diffusion du film accusant la DGSE n’annonce pas des restrictions visant l’Institut français d’Alger, l’un des lieux culturels les plus courus du pays.
Par Guylain Gustave Moke