Au Mali, le gouvernement de la Transition vient de décréter la suspension des activités des partis politiques pour des raisons sécuritaires. Une décision qui fait craindre une prolongation de la période de transition.
Le gouvernement malien de transition a décidé, le 10 avril 2024, de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » les activités des partis politiques et des associations à caractère politique. Cette décision, justifiée par des « raisons d’ordre public et sécuritaire », intervient à un moment important du processus de transition, marqué par de nombreuses incertitudes.
Officiellement, cette mesure vise à créer un climat apaisé pour le Dialogue inter-malien pour la Paix et la Réconciliation nationale, une initiative du président de la transition, le colonel Assimi Goïta. Le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement, a réaffirmé l’engagement des autorités à respecter le calendrier initial de la transition et à organiser des élections libres et transparentes.
La junte a accusé les partis de multiplier « les actions de subversion » en dénonçant le non-respect du calendrier ou en critiquant le dialogue national pour la paix lancé le 31 décembre par le colonel Goïta. La poursuite de la lutte contre les groupes armés jihadistes et indépendantistes touareg ne s’accommode pas de « débats politiques stériles », a dit le porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga. 
Cependant, cette décision a été accueillie avec scepticisme par certains observateurs et partis politiques. Ils craignent que la suspension des activités politiques ne retarde davantage le processus de transition et ne fragilise la démocratie malienne. En effet, le dialogue inter-malien, prévu pour se tenir en mai 2024, risque d’être boycotté par certains partis politiques, qui estiment ne pas être associés à la prise de décision.
Les colonels s’étaient engagés, sous la pression de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), à céder le 26 mars 2024 à des civils élus la direction de ce pays confronté au jihadisme et plongé dans une profonde crise multidimensionnelle depuis 2012. Ce jalon vient d’être franchi sans que les militaires ne partent, ni ne donnent une nouvelle échéance. Ils avaient déjà manqué à l’engagement d’organiser la présidentielle en février.
De plus, le silence des autorités sur le chronogramme électoral et la non-publication de la nouvelle loi électorale alimentent les tensions et les suspicions. La communauté internationale, qui a condamné la suspension des activités politiques, appelle les autorités à clarifier leurs intentions et à respecter leurs engagements.
La suspension des activités des partis politiques est un coup de frein à la transition malienne. La réussite du dialogue inter-malien et l’organisation d’élections crédibles et transparentes nécessitent un climat de confiance et de dialogue inclusif. Les autorités maliennes sont attendues pour clarifier leurs intentions en plus d’associer l’ensemble des acteurs politiques à la prise de décision.
L’opposition est réduite à l’impuissance par les mesures coercitives, les mises en cause judiciaires, les dissolutions d’organisations, les restrictions à la liberté de la presse et la pression du discours dominant sur la nécessité de faire corps autour de la junte face à une multitude de défis.
Plusieurs partis et organisations de la société civile se sont cependant émus dans une rare déclaration commune le 31 mars du « vide juridique et institutionnel » laissé après le 26 mars et ont réclamé des militaires la tenue de la présidentielle « dans les meilleurs délais ». Ils ont dénoncé jeudi « les allégations infondées » sur la suspension de leurs activités, annoncé qu’ils ne participeront plus à celles organisées par le gouvernement « y compris » le dialogue national, dans un communiqué.
Depuis sa prise du pouvoir consolidée par un second putsch en mai 2021, la junte a multiplié les actes de rupture, et s’est tournée militairement et politiquement vers la Russie. A la suite du Mali, des militaires se sont emparés du pouvoir chez les voisins sahéliens du Burkina Faso en 2022 et du Niger en 2023. Les trois pays en proie au jihadisme ont forgé une alliance et décidé de quitter la Cedeao..
Par Guylain Gustave Moke
Analyste Géopolitique/Politique