Jeudi 30 avril 2026, les États-Unis ont pris des sanctions à l’égard de Joseph Kabila, ancien président de la RDC, pour son soutien au M23. Une mesure qui a suscité des réactions sur place.
En prenant, ce jeudi, des sanctions contre l’ancien président congolais Joseph Kabila, les États-Unis de Donald Trump ont accordé du crédit à la position de Kinshasa qui n’a de cesse de dénoncer une collusion entre l’ancien dirigeant et le mouvement rebelle.
Quelques semaines après des responsables rwandais, c’est au tour de Joseph Kabila d’être ciblé par des sanctions de Washington. En effet, le département du Trésor américain, à travers son Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC, en anglais), a publié un communiqué dans lequel il déclare que l’ancien Président veut « déstabiliser le gouvernement de la RDC en soutenant le M23 et l’AFC ».
Dans le communiqué, l’OFAC pointe également le dernier séjour à Goma, sous contrôle du mouvement rebelle, de Joseph Kabila. Un signe qui ne saurait tromper sur les liens entre l’ancien dirigeant et l’AFC/M23. 
Pour Washington, pas de doute : Joseph Kabila soutient le M23. Or pour les Etats-Unis, « ceux qui continuent de semer l’instabilité (à l’est de la RDC, ndlr) devront rendre des comptes », comme le rappelle le communiqué de l’OFAC.
Les sanctions prises par le gouvernement américain impliquent le gel des avoirs éventuels de l’ancien dirigeant congolais aux États-Unis et l’interdiction de toute transaction entre toute entreprise ou tout citoyen américain et lui. « À la suite de cette mesure, tous les biens et intérêts patrimoniaux de la personne désignée ou bloquée mentionnée ci-dessus, situés aux États-Unis ou en la possession ou sous le contrôle de personnes américaines, sont bloqués et doivent être signalés à l’OFAC », lit-on dans le communiqué.
Ces mesures font l’affaire de Kinshasa qui a d’ailleurs intenté un procès à Joseph Kabila dans ce dossier et l’a condamné à mort en septembre 2025. Sur place à Kinshasa, les réactions n’ont pas tardé.
L’annonce de Washington est appréciée du côté de la RDC. D’abord le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a estimé que ces sanctions ne sont « qu’une conséquence logique » et que même cela aurait dû intervenir beaucoup plus tôt. « Au regard du processus dans lequel les États-Unis d’Amérique se sont impliqués, et de toutes les velléités de sabotage de ce processus de paix, il est logique, en termes de pression, que tous ceux qui refusent de s’y engager et de respecter les engagements pris à Washington soient indexés », a expliqué Jacquemain Sabani à Actualite.cd.
Et de poursuivre : « Je crois que Monsieur Kabila fait partie de ceux qui rendent difficile et compliquée l’effectivité du plan de la République démocratique du Congo ». Jacquemain Shabani va même plus loin en soutenant que Joseph Kabila n’est pas seulement impliqué dans le M23, « il est l’instigateur, l’initiateur et le concepteur de la déstabilisation du Congo ».
De son côté, la Nouvelle société civile congolaise salue les sanctions prises tout en appelant l’administration américaine à aller plus loin. Pour Jonas Tshiombela, coordonnateur de cette plateforme, la décision des Etats-Unis de sanctionner Joseph Kabila marque une « étape importante » dans le processus en cours pour la résolution du problème à l’est de la RDC puisque de la sorte, chacun est mis face à ses responsabilités.
Poursuivant son analyse, Jonas Tshiombela estime que les Etats-Unis ne devraient pas s’arrêter en si bon chemin. Il exhorte le gouvernement américain à aller plus loin en évitant d’être sélectif dans la prise des sanctions : prendre des mesures globales contre tous les acteurs impliqués dans la crise dans une démarche « complète, équilibrée et impartiale ».
Le mouvement M23, apparu au début des années 2010, a repris les armes ces dernières années et contrôle plusieurs zones stratégiques. Washington estime que ce soutien constitue une violation des engagements internationaux destinés à stabiliser la région. La diplomatie américaine affirme également que ces actions vont à l’encontre des engagements pris dans le cadre des négociations de paix récentes destinées à réduire les tensions entre Kigali et Kinshasa.
Les autorités américaines évoquent notamment la violation des Accords de Washington. Un cadre diplomatique censé favoriser l’apaisement entre la RDC et le Rwanda. Signés sous médiation internationale, ces accords visent à prévenir toute intervention militaire directe ou indirecte dans l’est congolais. Pour Washington, le non-respect de ces engagements compromet sérieusement les efforts de stabilisation et menace l’équilibre fragile de l’ensemble de la région des Grands Lacs. Cette zone, déjà marquée par plusieurs décennies de conflits armés, reste l’une des plus instables du continent africain.
Au-delà des sanctions ciblées, les États-Unis exhortent toutes les parties à respecter strictement leurs engagements sécuritaires. Washington appelle en particulier les autorités congolaises à neutraliser rapidement les FDLR, un groupe armé composé en partie d’anciens combattants liés au génocide rwandais de 1994. La présence de ces milices dans l’Est du Congo constitue depuis des années l’un des principaux points de tension entre Kinshasa et Kigali. Les États-Unis estiment que leur démantèlement est indispensable pour réduire les risques d’escalade militaire dans la région.
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