Washington ne coupera finalement pas brutalement le soutien logistique des Nations unies à la mission africaine en Somalie début 2027. En effet, les États-Unis ont décidé d’accorder à la mission une année supplémentaire pour organiser son retrait. Ce répit ne change cependant rien au fond car après près de vingt ans de présence militaire africaine soutenue par la communauté internationale, la Somalie doit préparer un modèle de sécurité beaucoup moins dépendant de l’ONU.
La décision américaine ressemble, à première vue, à une bonne nouvelle pour Mogadiscio et pour les pays africains engagés militairement en Somalie. Selon un document diplomatique consulté par Reuters, Washington a accepté que les Nations unies disposent d’une année supplémentaire à compter de janvier 2027 pour réduire progressivement leur soutien à l’AUSSOM, la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie.
Mais il ne s’agit pas d’une prolongation automatique de l’AUSSOM. La mission africaine reste actuellement autorisée par le Conseil de sécurité jusqu’au 31 décembre 2026, avec un maximum de 11 826 personnels en uniforme, dont 680 policiers. La concession américaine porte surtout sur la logistique qui permet aux soldats africains de fonctionner quotidiennement sur le terrain.
Depuis des années, le dispositif militaire africain en Somalie repose en partie sur l’UNSOS, le Bureau d’appui des Nations unies en Somalie. Cette structure assure des fonctions beaucoup moins visibles que les opérations militaires, mais indispensables concernant le carburant, la nourriture, les évacuations médicales ou les équipements et soutien logistique.
Son budget annuel approche les 500 millions de dollars, une somme conséquente dans une période ou Trump veut réduire les dépenses hors des USA. Washington avait envisagé une interruption beaucoup plus rapide de ce mécanisme à partir de janvier 2027. Le compromis actuellement envisagé accorde désormais douze mois pour organiser son démantèlement.
Reste la question du financement car si la logistique sera bien financée, il faut savoir qui paiera pour que ces soldats puissent rester sur le terrain ? Depuis juillet, l’Union africaine multiplie précisément les avertissements sur cette question. Son président de Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé les États africains à accélérer la mise en œuvre du Fonds pour la paix de l’UA, de la taxe de 0,2 % sur certaines importations et des contributions nationales destinées aux opérations africaines de maintien de la paix. Le message clair est que le financement occidental qui a accompagné les différentes missions africaines en Somalie depuis près de deux décennies ne peut plus être considéré comme acquis.
La difficulté est que ce désengagement financier se prépare alors que la menace sécuritaire n’a pas disparu. L’AUSSOM doit encore accompagner les forces somaliennes et stabiliser certains territoires face aux Chabab, tout en assurant la protection d’infrastructures stratégiques.
En juillet, l’Union africaine soulignait encore la nécessité d’un transfert progressif des responsabilités vers les forces somaliennes, fondé sur les conditions sécuritaires sur le terrain.
Les pays contributeurs de troupes comprenant notamment l’Ouganda, le Kenya, Djibouti, l’Éthiopie et l’Égypte, ont ainsi un intérêt direct à obtenir des garanties financières avant toute nouvelle phase du dispositif. Lors du sommet consacré à l’AUSSOM à Kampala, fin juillet, l’UA avait encore placé la question du financement au centre des discussions.
Washington ne ferme donc pas immédiatement le robinet, mais organise plutôt une transition encadrée sur douze mois, sans changer le fond de sa politique.
Depuis l’AMISOM, créée en 2007, puis l’ATMIS et désormais l’AUSSOM, la sécurité somalienne s’est construite autour d’un modèle particulier avec des soldats africains sur le terrain, un financement largement extérieur et un important soutien logistique international.
Ce modèle arrive progressivement à ses limites. Mogadiscio veut que les forces somaliennes reprennent l’ensemble des responsabilités sécuritaires, tandis que l’Union africaine cherche à démontrer qu’une opération africaine peut s’appuyer sur un financement plus stable, moins dépendant des décisions ponctuelles des bailleurs occidentaux.
Le sursis accordé par Washington évite une rupture brutale début 2027, mais fixe une échéance. D’ici plus d’un an, l’Afrique et la Somalie devront avoir trouvé comment remplacer une partie de la machine logistique qui soutient aujourd’hui l’AUSSOM.
AfriqueDiplo
