Tunisian President Kais Saied gives a talk on constitutional law during a state visit to Qatar at an event hosted by Lusail University, on November 16, 2020. - Tunisia's President Kais Saied and Qatar will seek to promote dialogue between Muslims and the West to prevent anti-Muslim backlashes following extremist attacks, he said during a visit to Doha Sunday. (Photo by Karim JAAFAR / AFP)
Mercredi 14 janvier, la Tunisie et son peuple célébreront le quinzième anniversaire de la chute de Zine El-Abidine Ben Ali. Il a alors suffi de moins d’un mois de soulèvement populaire pour renverser une dictature en place depuis plus de vingt-trois ans. La contestation révolutionnaire, partie des régions déshéritées du centre et sud du pays, a rapidement gagné la côte, puis la capitale, portée par une société civile à la fois dynamique et militante.
Le basculement dans l’opposition de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le syndicat fort de centaines de milliers d’adhérents, a été déterminant. La répression policière a fait environ 300 morts, mais l’armée a refusé de tirer sur les manifestants, provoquant la fuite de l’autocrate vers l’Arabie saoudite. Une telle « révolution de la dignité » fait des émules dans l’ensemble du monde arabe, avec le slogan « Le peuple veut renverser le régime » et, moins d’un mois plus tard, la chute de Hosni Moubarak, au pouvoir en Egypte depuis trois décennies.
Les Tunisiennes et les Tunisiens célébreront donc, le 14 janvier, les quinze ans de la « révolution de la dignité », qui mit leur pays à l’avant-garde d’une vague régionale de protestations populaires. Ces bien mal nommés « printemps arabes » recouvraient en fait des situations très diverses, avec un putsch militaire d’apparence révolutionnaire en Egypte, une guerre civile divisant rapidement l’est et l’ouest de la Libye, un soulèvement constitutionnaliste écrasé à Bahreïn par une intervention saoudienne et émiratie, ainsi qu’une série de manifestations brutalement réprimées au Yémen et en Syrie, d’où une militarisation de l’opposition dans ces deux pays.

C’est en effet le 17 décembre 2010 que la première étincelle de la révolution a jailli dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, à la suite de l’acte désespéré de Mohamed Bouazizi, qui s’est immolé par le feu. Cet événement tragique a provoqué une vague de colère et d’indignation populaire, révélant un profond malaise social et économique.
En l’espace de quelques semaines, les protestations se sont étendues à l’ensemble des régions du pays. Les manifestations, portées par une mobilisation citoyenne sans précédent, ont exprimé des revendications liées à l’emploi, à la dignité, à la justice sociale et aux libertés publiques. Ce vaste mouvement populaire a abouti à la chute du régime de Ben Ali le 14 janvier 2011, mettant fin à 23 années de pouvoir. Cet événement a marqué le début d’une nouvelle phase politique en Tunisie et a fait du pays un symbole des soulèvements populaires dans le monde arabe.
La révolution tunisienne, inédite de par sa rapidité et sa forme, inaugurant l’interaction entre les réseaux sociaux et la rue, avait été le point de départ d’une vague de contestation qualifiée de « printemps arabe » en Occident, et qui a touché plusieurs pays, du Maroc au Moyen-Orient en passant par l’Égypte.
Quinze ans après, le 17 décembre demeure une date hautement symbolique, rappelant les sacrifices consentis et les aspirations profondes du peuple tunisien à la liberté et à la dignité.
Quinze ans après, la Tunisie célèbre une date hautement symbolique, marquée cette année par des manifestations contre la répression du président Kaïs Saïed. Voici le président tunisien, Kaïs Saïed, qui, sur fond d’une faillite économique retentissante et d’un populisme crapuleux contre les migrants, détecte chaque jour ou presque des complots et des tentatives d’assassinat pour expliquer les pénuries grandissantes ou les résistances à ses dérives autocratiques.
Kaïs Saïed incarne depuis son accession au pouvoir en 2019 une « démocrature » marquée par un populisme exclusif, une justice muselée et une rhétorique complotiste. Sous couvert d’assainissement, le président tunisien a érodé les contre-pouvoirs, transformant la justice en un outil pour réprimer ses opposants. Cette stratégie s’accompagne d’une vision populiste où le « peuple » se limite à ses partisans, même minoritaires, comme l’illustre l’adoption d’une nouvelle constitution avec seulement 28,5 % des voix rapportées au corps électoral.
Kaïs Saïed a également exacerbé les tensions raciales avec des politiques migratoires fondées sur la théorie du « Grand Remplacement », dénoncées comme racistes et discriminatoires. Cette approche, bien que critiquée, trouve un soutien implicite chez certains partenaires européens, qui privilégient la coopération migratoire au détriment des droits humains.
Le régime de Saïed s’appuie enfin sur un discours conspirationniste, accusant des complots externes pour justifier les échecs internes. Cette méthode lui permet de consolider son autorité, tout en détournant l’attention de la grave crise socio-économique que traverse le pays, héritage d’une révolution pourtant portée par des aspirations démocratiques et sociales.
Par Guylain Gustave Moke