Le patron de l’exécutif marocain a annoncé, dimanche 11 janvier, ne pas être candidat à sa réélection à la présidence de son parti, ce qui hypothèque sa possible reconduction aux manettes du gouvernement, à seulement huit mois des législatives.
Aziz Akhannouch n’est pas candidat à sa réélection. Le chef du gouvernement marocain l’a fait savoir de façon détournée, dimanche 11 janvier, en déclarant qu’il ne briguera pas un troisième mandat à la présidence de son parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI).
En renonçant au poste qu’il occupe depuis dix ans et avec lequel il a remporté les élections législatives de 2021, l’homme d’affaires de 65 ans n’acte pas seulement son départ à la tête de la première formation politique au Parlement : il tire un trait sur sa possible reconduction à la primature.
Le premier ministre devant être membre du parti ayant remporté les élections, sans forcément en être le dirigeant, Aziz Akhannouch pourrait, en théorie, être renommé chef du gouvernement par le roi Mohammed VI, à la condition que le RNI remporte le prochain scrutin législatif, qui devrait se tenir en septembre. Mais personne n’imagine qu’il en soit ainsi.
Sa décision, qu’il a qualifiée de « définitive », a ainsi eu l’effet d’« une bombe », selon le journal La Vie éco, dont Aziz Akhannouch est propriétaire, et « pourrait constituer un tournant dans la vie politique marocaine », estime le média en ligne Le360, l’un des plus lus du royaume.
Que s’est-il passé entre-temps ? Pressions ? Message venu « d’en haut » ? Volonté de reprendre la main avant une année électorale à haut risque ? Les interrogations fusent. 
Dans les cercles politiques, certains rappellent que le RNI n’en est pas à sa première transition sous haute tension. En janvier 2010, Mostafa Mansouri avait été écarté de la présidence du parti à l’issue d’un putsch interne savamment orchestré par Salaheddine Mezouar. Ce dernier, après un long parcours ministériel, quittera la scène politique en 2019, dans des conditions tout aussi abruptes, suite à sa démission de la CGEM après un rappel à l’ordre public de la diplomatie marocaine.
Aziz Akhannouch lui-même connaît les arcanes de ces recompositions. Ancien cadre du Mouvement populaire (MP), il avait rejoint le RNI au moment de la formation du premier gouvernement Benkirane, quittant le MP, alors passé dans l’opposition, pour conserver le stratégique portefeuille de l’Agriculture. Une transition annoncée à l’époque par une dépêche officielle de la MAP, signe que, au RNI, rien n’est jamais totalement improvisé.
Reste désormais la question centrale : qui pour succéder à Aziz Akhannouch ? À l’approche d’une année électorale décisive, le RNI ambitionne de rester aux commandes et de piloter ce que certains appellent déjà le « gouvernement du Mondial ».
En interne, les options sont limitées. La vieille garde peine à convaincre, tandis que les jeunes cadres manquent encore d’envergure pour endosser un leadership national. Selon plusieurs sources concordantes, Nadia Fettah, actuelle ministre de l’Économie et des Finances, tiendrait la corde. Une éventuelle première pour le RNI et un signal politique fort avec une femme à la tête du parti.
À moins qu’un scénario bien connu ne se répète : l’émergence d’un profil externe, adoubé en haut lieu et propulsé au sommet du parti en un temps record, comme le RNI en a déjà le secret.
Une chose est sûre : à partir du 7 février, Aziz Akhannouch, privé de la présidence du parti, ne disposera plus de la même marge de manœuvre à la tête du gouvernement. Dans une coalition traversée par des rivalités et des ambitions de plus en plus visibles, sa position pourrait se fragiliser à mesure que l’échéance électorale se rapproche.
Au RNI comme ailleurs, la succession d’Aziz Akhannouch ne se résume donc pas à un simple passage de témoin. Elle marque peut-être le début d’une nouvelle phase de recomposition politique, dont les effets dépasseront largement les murs du parti.
Par Guylain Gustave Moke