A man stands by as a fire rages in a livestock market area in al-Fasher, the capital of Sudan's North Darfur state, on September 1, 2023, in the aftermath of bombardment by the paramilitary Rapid Support Forces (RSF). The conflict between Sudan's army under General Abdel Fattah al-Burhan and the RSF commanded by Mohamed Hamdan Daglo spread in late August 2023 to North Darfur state, with at least 27 localities burned down by the RSF and allied Arab militias, according to the Humanitarian Research Lab at the Yale School of Public Health. (Photo by AFP)
Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, a déploré, lundi 27 octobre, une « terrible escalade du conflit » au Soudan, au lendemain de l’annonce par les paramilitaires Forces de soutien rapide (FSR) de la conquête de la ville stratégique d’El-Facher, la dernière qui échappait au contrôle des paramilitaires des FSR – en guerre depuis avril 2023 contre l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane – dans la vaste région du Darfour, dans l’ouest du pays.
« Cela représente une terrible escalade du conflit », a réagi lundi Antonio Guterres en réponse à une question de l’Agence France-Presse lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur, la capitale malaisienne. « Il est grand temps que la communauté internationale dise clairement à tous les pays qui interviennent dans cette guerre et qui fournissent des armes aux belligérants d’y mettre un terme. Car le niveau de souffrance que nous constatons au Soudan est insupportable », a-t-il souligné.
Les dernières images diffusées sur la page Facebook du comité de résistance locale, un groupe de civils prodémocratie qui documente le conflit, montrent des civils en fuite, des corps jonchant le sol près de voitures en flammes. L’AFP n’est pas en mesure de vérifier de source indépendante ce qui se passe sur le terrain ou de communiquer avec des civils à El-Facher. Toutes les communications satellite Starlink, le seul réseau encore fonctionnel, ont été coupées laissant la ville dans un « black out médiatique », selon le Syndicat des journalistes soudanais.
« Il est clair qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème soudanais, opposant l’armée et les Forces de soutien rapide », a affirmé lundi M. Guterres. « Nous assistons de plus en plus à une ingérence extérieure qui compromet toute possibilité de cessez-le-feu et de solution politique au problème », a-t-il dénoncé.
L’armée soudanaise n’a pas officiellement réagi à l’annonce de « victoire » des paramilitaires dimanche dans cette ville affamée. Si sa prise confirmée, les FSR auraient le contrôle de l’ensemble du Darfour, où elles ont installé une administration parallèle, défiant le pouvoir du général Burhane, dirigeant de facto du Soudan depuis le coup d’Etat de 2021, basé à Port-Soudan (est).

Lundi matin, les combats se poursuivaient autour de l’aéroport et dans plusieurs zones de l’ouest de la ville, selon le comité de résistance locale. La population « résiste jusqu’au dernier souffle » mais les paramilitaires progressent. « Nous exigeons la protection des civils, la révélation du sort des déplacés et une enquête indépendante sur les violations et les crimes » des paramilitaires, a dit le gouverneur pro-armée du Darfour, Minni Minnawi, dans un message sur X.
Selon le comité de résistance locale, « si El-Fasher tombe, ce ne sera pas seulement par la main des ennemis, mais par la trahison des dirigeants du Darfour qui sont restés silencieux et accrochés au pouvoir ».
Dimanche, le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, avait demandé un passage sûr pour les civils piégés à El-Fasher. « Avec les combattants avançant davantage dans la ville et les voies d’évacuation coupées, des centaines de milliers de civils sont piégés et terrifiés – bombardés, affamés, et sans accès à la nourriture, aux soins ou à la sécurité, avait déploré Tom Fletcher dans un communiqué. Les civils doivent pouvoir circuler en toute sécurité et accéder à l’aide. Ceux qui fuient vers des zones plus sûres doivent pouvoir le faire en toute sécurité et dans la dignité. »
Plus tôt, l’émissaire américain pour l’Afrique, Massad Boulos, avait également appelé les paramilitaires à ouvrir « des corridors humanitaires », comme ils s’y étaient engagés. Dans un communiqué, les FSR ont, en effet, promis « des corridors sécurisés pour tous ceux qui souhaitent se déplacer vers d’autres endroits, ainsi que la fourniture de la protection nécessaire à tous ceux qui se trouvent dans la ville ».
« Les milices et les mercenaires sont dans tous les coins de rue pour tuer et voler (…) Leur slogan est de tuer tout ce qui bouge et sort d’El-Fasher », affirme un message publié sur la page Facebook du groupe de résistance locale, sous une vidéo montrant une femme morte gisant au sol. De leur côté, les paramilitaires ont diffusé des vidéos où l’on voit des centaines d’hommes en tenue civile assis par terre entourés de combattants en tenue paramilitaire. Ces hommes sont présentés dans les vidéos comme des prisonniers des rangs de l’armée ou des forces conjointes alliées.
Le syndicat des journalistes a exprimé « sa profonde inquiétude pour la sécurité des journalistes présents à El-Fasher ». Un journaliste indépendant, Maamar Ibrahim, se trouve aux mains des FSR depuis dimanche, selon ce syndicat et d’après des images diffusées sur les réseaux sociaux où on le voit entouré de paramilitaires.
Selon l’ONU, plus d’un million de personnes ont fui la ville depuis le début de la guerre et les quelque 260 000 habitants restants d’El-Fasher, dont la moitié sont des enfants, sont dépourvus de nourriture, d’eau et de soins à El-Fasher.
Le Soudan, déjà amputé du Sud en 2011, risque à terme de se fragmenter, selon les experts. Et malgré des efforts internationaux pour un cessez-le-feu, les deux camps, tous deux accusés d’exactions sur les civils, restent sourds aux appels à négocier.
AfriqueDiplo/AFP