La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz, cadre militaire et politique du Front Polisario, intervient à un moment particulièrement sensible pour les efforts de médiation de l’ONU. Alors que Staffan de Mistura se trouvait dans les camps sahraouis de Tindouf pour tenter de relancer le dialogue, cette disparition rappelle que le dossier sahraoui reste pris entre reprise militaire, pression diplomatique et droit à l’autodétermination.
La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz a été annoncée alors que Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, poursuivait une visite dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf. Le diplomate onusien y rencontrait les responsables du Front Polisario dans l’espoir de maintenir ouvert un canal politique autour d’un dossier enlisé depuis des décennies.
Depuis la rupture du cessez-le-feu en novembre 2020, le conflit n’a pas repris l’intensité des années 1970 et 1980, mais il s’est installé dans une forme de confrontation diffuse, ponctuée d’opérations militaires, de communiqués et de frappes rarement documentées de manière indépendante.
Lahbib Mohamed Abdelaziz était le fils de Mohamed Abdelaziz, dirigeant historique du Front Polisario de 1976 à 2016. Il incarnait une continuité politique et militaire au sein du mouvement sahraoui. Sa mort touche donc le Polisario sur un plan à la fois opérationnel et symbolique, au moment où la question de la relève et de la cohésion interne demeure centrale. 
La visite de Staffan de Mistura intervenait dans un contexte diplomatique déjà difficile. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025, a renouvelé le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026. Pour autant, elle n’a pas permis d’évolution du cadre des négociations et le Front Polisario refuse toujours que la négociation se transforme en simple discussion sur les modalités d’une autonomie déjà décidée par le Maroc. Sa position reste fondée sur le droit du peuple sahraoui à choisir son avenir, y compris par l’option de l’indépendance.
La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz ajoute une tension supplémentaire. Elle risque de renforcer la méfiance du Polisario, qui peut y voir le signe qu’une pression militaire continue de s’exercer au moment même où la communauté internationale parle de reprise du dialogue.
La mort d’un cadre sahraoui de ce rang, au moment d’une mission onusienne, n’est pas un simple épisode militaire. L’absence de revendication officielle de Rabat ne change rien. Ainsi, cette pression risque de fragiliser encore davantage les efforts de médiation, en renforçant l’idée qu’aucune négociation équilibrée n’est possible sous la menace permanente des frappes ciblées. Pour Staffan de Mistura, le danger est de relancer un dialogue qui ne produirait aucun changement réel sur le fond. Des discussions qui se limiteraient à accompagner la progression diplomatique du plan marocain, sans répondre à la revendication d’autodétermination, ne sont pas acceptables par le Polisario.
C’est pourquoi la coïncidence de dates pose inévitablement question, même si elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une intention politique. Les discussions multipartites relancées sous impulsion américaine depuis le début de 2026 ne sont pas nécessairement favorables au Maroc dans leur dynamique profonde. Rabat a obtenu l’essentiel de ce qu’il voulait sur le plan diplomatique, entre reconnaissance américaine de sa souveraineté, soutien français renforcé et ralliement espagnol au plan d’autonomie. Chaque jour de statu quo territorial consolide le fait accompli.
Une négociation accélérée sous pression américaine comporte en revanche le risque concret pour Rabat d’être contraint à des gestes substantiels sur l’autodétermination revendiquée par le Polisario. Assemblée élue, amnistie, retour des réfugiés, etc…
Dans ce contexte, la disparition de Lahbib Mohamed Abdelaziz, formé en relations internationales et commandant militaire, fragilise fortement la suite du processus. La simultanéité entre la frappe attribuée au Maroc et la présence de De Mistura dans les camps sahraouis, le profil de la victime et le calendrier diplomatique en cours suffisent à nourrir les interrogations sur les intentions marocaines.
Le Sahara occidental demeure l’un des derniers dossiers de décolonisation non résolus du continent africain. Les reconnaissances bilatérales obtenues par Rabat, les évolutions de position de certains pays occidentaux ou les arguments de stabilité régionale ne suffisent pas à effacer le statut particulier du territoire dans le cadre onusien.
Dans ce dossier, l’Algérie demeure un acteur incontournable. Alger défend le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, dans une lecture décoloniale du conflit sahraoui portée depuis près d’un demi-siècle. Une lecture que le droit international soutient malgré les coups de boutoirs occidentaux.
Aucune négociation durable ne peut avancer si le peuple sahraoui a le sentiment que son avenir se décide sans lui. Dans ce contexte, la mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz rend la mission de Staffan de Mistura plus délicate que jamais. Elle rappelle que le Sahara occidental reste suspendu entre un rapport de force militaire imposé sur le terrain et une revendication d’autodétermination que le Polisario, avec le soutien constant de l’Algérie, refuse de voir effacée.
AfriqueDiplo