En RDC, la mouvance et l’opposition n’entendent pas se faire de cadeau au sujet du débat sur la révision de la Constitution. L’action menée par l’opposition à travers la création de la coalition « Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel » (C64), a appelé la réaction immédiate du camp présidentiel à travers l’UDPS.
Les principales figures de l’opposition congolaise ont scellé le 19 mai à Kinshasa une coalition inédite pour barrer la route à toute révision constitutionnelle. La C64 réactive l’article 64 de la Loi fondamentale, s’adosse à la position prudente de l’Église catholique et tente de s’appuyer sur la mobilisation des mouvements citoyens, dont la LUCHA, qui avait fait reculer Joseph Kabila il y a dix ans.
Le nom de la plateforme renvoie directement à l’article 64 de la Constitution congolaise, qui dispose que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ». Pour les opposants, cette disposition constitue désormais le fondement juridique et moral de leur mobilisation.
La coalition C64 réclame également le retrait immédiat de la proposition de loi sur l’organisation du référendum actuellement examinée au Parlement. Pour les membres de la C64, ce texte constitue « une ruse cynique » destinée à contourner les verrous constitutionnels qui limitent à deux le nombre de mandats présidentiels. Ils dénoncent une menace directe contre la stabilité institutionnelle d’une RDC déjà fragilisée par les conflits armés à l’est, les tensions diplomatiques régionales et les difficultés économiques.
Pour donner du poids à sa contestation, la C64 peut compter sur l’Église catholique, un allié qui pèse historiquement sur les grands tournants politiques congolais. La tenue du lancement de la C64 dans une enceinte de l’Église catholique en dit long sur la convergence d’intérêts qui se dessine. Les évêques avaient déjà été, entre 2016 et 2018, l’un des acteurs clés de la mobilisation qui avait fait reculer Joseph Kabila. Ils tiennent aujourd’hui une grille de lecture proche de celle de l’opposition : la guerre dans l’Est, le déplacement de millions de Congolais et l’absence de consensus national rendent toute révision « hasardeuse ».
L’autre point d’appui de la C64, c’est la société civile, et plus particulièrement la Lutte pour le changement (LUCHA), mouvement citoyen né à Goma il y a plus de dix ans. La LUCHA n’a pas attendu la création de la coalition pour formuler l’une des critiques les plus redoutables du projet présidentiel : si l’insécurité dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu rend impossible l’organisation d’élections en 2028, comment imaginer y organiser un référendum constitutionnel dans les prochains mois ? L’argument, simple et frontal, fragilise la mécanique juridique avancée par le camp Tshisekedi.
La guerre est désormais ouverte en RDC sur la question de la révision de la Constitution. Pour faire pièce à la C64, le parti présidentiel, UDPS, a annoncé la mise en place de la C4 (la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution »). Cette nouvelle structure consacre une nouvelle étape dans l’escalade politique autour du débat sur la révision constitutionnelle, devenu l’un des sujets les plus explosifs du paysage politique congolais à deux ans des prochaines échéances électorales. La C4 passe pour la réponse directe de la majorité présidentielle à l’opposition.
Face à cette offensive politique, l’UDPS a choisi de répondre rapidement, donnant l’impression d’une véritable guerre des coalitions autour de l’avenir institutionnel du pays. Ceci dans un scénario qui a un côté un peu ridicule au regard des problèmes sérieux que traverse le pays, et qui devrait susciter un front commun, une union sacrée non pas à la manière de la majorité, mais de manière sincère pour sortir le pays des troubles. Une guerre politicienne qui semble loin des attentes des populations congolaises.
Dans la communication du parti présidentiel, le choix du sigle « C4 » n’est pas anodin. Selon Augustin Kabuya, le chiffre 4 symbolise les quatre grandes zones linguistiques de la RDC : lingala, swahili, kikongo et tshiluba. Une manière pour l’UDPS de présenter sa démarche comme un projet national et inclusif, destiné à dépasser les clivages régionaux et politiques. La coalition se veut ouverte aux partis politiques alliés, aux organisations de la société civile, aux confessions religieuses et aux mouvements associatifs. Son objectif affiché : mener une vaste campagne de sensibilisation en faveur d’une révision de la Constitution. 
Dans l’entourage présidentiel, plusieurs responsables estiment que la Constitution actuelle montre des limites dans son fonctionnement et qu’elle ne répond plus totalement aux réalités institutionnelles et sécuritaires du pays.
Pour légitimer politiquement cette initiative, l’UDPS s’appuie ces derniers temps et de plus en plus sur la mémoire de son fondateur, Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Selon Augustin Kabuya, l’opposant historique considérait déjà la Constitution actuelle comme un texte « rédigé par les belligérants » au sortir des accords politiques ayant mis fin aux guerres du Congo. Le parti présidentiel affirme ainsi vouloir accomplir une forme de « testament politique » laissé par Étienne Tshisekedi, en engageant une refondation institutionnelle du pays.
Mais cet argument peine à convaincre l’opposition, qui soupçonne derrière cette initiative une stratégie visant à ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du Président Félix Tshisekedi. Ceci d’autant plus que récemment, le chef de l’État congolais a levé le voile sur ses intentions concernant le troisième mandat : il y est totalement ouvert et déclare laisser le choix au peuple. « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple souhaite que j’ai un troisième mandat, j’accepterai », avait déclaré le dirigeant face à la presse, il y a quelques jours. Rien ne saurait être plus clair sur les intentions véritables de Félix Tshisekedi qui, visiblement, a pris goût au pouvoir.
Au-delà de tout, la création quasi simultanée des coalitions C64 et C4 illustre la radicalisation progressive du débat politique congolais. Deux visions s’affrontent désormais ouvertement.
D’un côté, l’opposition tente de mobiliser autour de la défense de la Constitution actuelle, présentée comme un rempart contre toute dérive autoritaire. De l’autre, le camp présidentiel prépare méthodiquement l’opinion à l’idée d’un changement institutionnel qu’il juge nécessaire pour stabiliser le pays et améliorer sa gouvernance.
Dans les états-majors politiques de Kinshasa, beaucoup considèrent déjà que cette confrontation dominera les prochains mois de la vie politique congolaise. Les rassemblements publics, les campagnes de sensibilisation et les prises de parole médiatiques devraient se multiplier dans tout le pays. Surtout que dans le pays, les débats sur la révision de la Constitution ont souvent provoqué de fortes tensions politiques et sociales.
Sous l’ancien Président, Joseph Kabila, les soupçons de modification constitutionnelle pour se maintenir au pouvoir avaient déjà déclenché d’importantes manifestations et une crise politique majeure. Et l’UDPS faisait à l’époque partie du camp de ceux qui se battaient bec et ongles contre toute révision de la loi fondamentale. Aujourd’hui, ce parti politique se retrouve d’un autre côté, et voit désormais les choses sous un autre angle.
Par Guylain Gustave Moke