En séjour à Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a entamé ce mercredi une nouvelle phase de consultations populaires.
Après un mois passé à Goma, dans le Nord-Kivu, où il avait déjà rencontré diverses composantes de la société civile et échangé avec les autorités de la rébellion de l’AFC/M23, l’ancien chef d’État poursuit son engagement personnel en faveur d’un processus de paix dans une région meurtrie par plus de trente ans de conflits armés.
Dans une ambiance mêlant gravité et attente, Joseph Kabila a reçu tour à tour les chefs coutumiers, une délégation de jeunes, ainsi que les représentants du Barza intercommunautaire pour la paix. À chaque étape, le même mot d’ordre : « mobiliser toutes les énergies locales autour d’un projet de paix inclusive ».
Ces leaders traditionnels ont également expliqué que l’ancien dirigeant a émis le vœu de les voir participer à toute initiative visant à rapprocher les parties au conflit. En réponse, les chefs traditionnels ont non seulement marqué leur accord à accompagner les discussions en faveur de la paix, mais ils ont rappelé que tous les protagonistes « sont des fils de ce pays ». C’est la raison pour laquelle, ils ont proposé que tous les protagonistes se mettent « autour d’une table pour que la guerre cesse et que [la] population retrouve enfin la paix ».
Clôturant la première journée de ces consultations, Joseph Kabila a échangé avec le Barza intercommunautaire pour la paix, une instance regroupant les représentants des différentes communautés du Sud-Kivu. Présidée par Musole Maharaza, la structure s’est dite « satisfaite » des échanges.
Les consultations entamées par Joseph Kabila depuis un mois dans l’est de la RDC prennent une ampleur croissante. Si officiellement l’ancien Président se refuse à toute récupération politique, ses déplacements sont scrutés de près à Kinshasa, où certains y voient les prémices d’un retour en force sur la scène nationale. D’autant plus que le schéma CENCO-ECC auquel il a adhéré prévoit la mise en place d’un cadre de dialogue national inclusif, susceptible de redessiner les équilibres institutionnels et politiques.
Alors que le gouvernement congolais l’accuse de collusion avec les groupes armés qui occupent le Nord et le Sud-Kivu, Joseph Kabila poursuit une tournée à forte teneur politique dans des territoires stratégiques. Son entourage affirme que cette démarche vise à consulter les populations, écouter les doléances des communautés locales, et esquisser des solutions à la crise sécuritaire persistante. 
À Goma, il avait déjà rencontré chefs traditionnels, responsables religieux, universitaires et membres de la société civile. À Bukavu, le programme est similaire : consultations, échanges informels et prises de parole discrètes, mais symboliques. Un agenda en cours d’ajustement, selon ses proches, qui évoquent également de futurs déplacements dans d’autres localités des deux provinces du Kivu.
À Bukavu, la population reste partagée entre espoir sincère et prudence lucide. Nombreux sont ceux qui saluent le retour d’un acteur politique majeur qui, bien qu’ayant quitté le pouvoir en 2019, reste très influent, notamment dans les Kivu. Mais d’autres rappellent que les racines du conflit sont profondes, que les groupes armés pullulent toujours, et que les abus sont loin d’avoir cessé.
Mais cette démarche soulève de nombreuses interrogations à Kinshasa. Pour les autorités centrales, cette tournée ne saurait être interprétée comme une simple mission de paix. En mai dernier, le Sénat avait levé l’immunité parlementaire de l’ancien Président, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires. Il est accusé de complicité avec l’AFC/M23, une coalition rebelle soutenue par le Rwanda voisin.
Dans ce climat tendu, Joseph Kabila semble vouloir se repositionner comme intermédiaire de crise, un rôle que son expérience politique et ses réseaux régionaux pourraient justifier, mais que son passif rend également très controversé. Plusieurs analystes notent qu’il bénéficie d’une relative tolérance de la part de l’AFC/M23, dont les commandants contrôlent militairement les zones qu’il traverse.
Le retour de Kabila dans les Kivus coïncide avec un moment charnière. Depuis janvier 2025, les offensives de l’AFC/M23 ont bouleversé l’équilibre militaire dans l’est du pays. Des villes majeures comme Goma et Bukavu sont tombées aux mains du groupe armé, entraînant l’exode de centaines de milliers de civils. Pendant ce temps, des négociations internationales, notamment à Washington avec l’implication des États-Unis, tentent d’arracher un accord entre Kinshasa et Kigali.
Dans cette dynamique, Kabila soutient — du moins officiellement — l’initiative des Églises catholique et protestante, qui ont proposé l’ouverture d’un dialogue national inclusif. Une position qui lui permet de se présenter comme un homme de paix, mais que beaucoup perçoivent comme une manœuvre pour se réinsérer dans le jeu politique national, voire international.
Reste à savoir si les promesses entendues dans les consultations de Goma et désormais de Bukavu pourront déboucher sur un véritable cadre de dialogue national, inclusif et contraignant, dans lequel les anciens comme les nouveaux acteurs accepteraient de reconstruire une paix durable, à l’écoute des communautés locales. En tout cas, pour l’instant, les regards sont également tournés vers Washington où le RDC et le Rwanda signeront un accord, le 27 juin.
Par Guylain Gustave Moke