À peine remis au président de la transition, le projet de nouvelle Constitution guinéenne suscite déjà une vive polémique. La junte en Guinée prévoit de faire passer la durée du mandat présidentiel de cinq ans à sept ans, renouvelable une fois, dans le projet de Constitution qui doit être soumis à un référendum fin septembre.
Derrière l’annonce officielle du 26 juin, certains y voient moins un retour à l’ordre constitutionnel qu’un possible verrouillage du pouvoir. L’allongement du mandat présidentiel, en particulier, concentre les critiques et ravive les doutes sur les intentions réelles du général Mamadi Doumbouya.
Mais dans un contexte de répression des libertés et d’incertitudes sur l’avenir politique du général Doumbouya, de nombreux observateurs redoutent un recul démocratique déguisé.
Si la nouvelle Constitution n’indique pas explicitement si Mamadi Doumbouya pourra se présenter à la prochaine élection présidentielle, plusieurs personnalités proches du pouvoir ont déjà affiché leur soutien à une éventuelle candidature.
Pourtant, la charte de transition adoptée après le coup d’État stipulait qu’aucun membre de la junte ne pouvait briguer une fonction élective. Ce texte stipule que ni le président de la transition ni les membres de son gouvernement ne peuvent se présenter aux élections à venir. Or, aucune annonce officielle n’a été faite quant à une modification de cette disposition.
Le flou entretenu autour des intentions du chef de la junte laisse craindre un scénario similaire à celui d’autres pays où des militaires arrivés au pouvoir ont fini par s’y maintenir. 
Face à ces soutiens de plus en plus bruyants, Mamadi Doumbouya n’a, pour l’instant, pas exprimé de volonté officielle de briguer la présidence. Toutefois, le pays assiste à la multiplication des appels à sa candidature. Ceux-ci s’observent notamment lors d’événements orchestrés par les autorités. Ils laissent planer le doute sur ses intentions réelles. Si Mamadi Doumbouya se présente, la charte de transition pourrait être révisée. Cela modifierait l’agenda électoral. S’il renonce, une prise de position rapide dissiperait les incertitudes sur la transition.
De plus, le processus de retour à un régime civil semble encore flou. Aucune date précise n’a été fixée pour la tenue du scrutin présidentiel, bien que Mamadi Doumbouya ait affirmé que l’élection aurait lieu cette année. Par ailleurs, le référendum constitutionnel, nécessaire à l’établissement d’un nouveau cadre politique, n’a toujours pas été organisé.
Sous pression internationale, les militaires qui ont pris le pouvoir en 2021 en Guinée s’étaient engagés à organiser un référendum constitutionnel et à transférer le pouvoir à des civils élus avant fin 2024, mais ces échéances n’ont pas été respectées. La junte a annoncé début avril l’organisation d’un référendum sur une nouvelle Constitution le 21 septembre. Les personnes engagées contre le pouvoir militaire en place depuis septembre 2021 subissent de plus en plus la répression du régime.
Outre la question de la durée du mandat présidentiel, le texte propose également des avancées sur le plan sociétal. Il prévoit un quota d’au moins 30 % de femmes dans les instances décisionnelles et électives, et propose d’élever les langues nationales au rang de langues officielles, aux côtés du français. Ces mesures, bien accueillies dans l’ensemble, ne suffisent toutefois pas à apaiser les inquiétudes d’une population dont les libertés se sont largement réduites depuis la prise du pouvoir par les militaires.
Initialement, les autorités militaires s’étaient engagées à transférer le pouvoir à des civils avant fin 2024. Mais cet engagement n’a pas été tenu, et le processus semble désormais s’orienter vers un référendum constitutionnel sans garantie d’une véritable alternance. 
Pour nombre d’observateurs, ce glissement du calendrier et l’absence de transparence sur la suite de la transition confirment la volonté de la junte de s’inscrire dans la durée. La communauté internationale, qui avait salué les premières promesses de retour à l’ordre démocratique, commence à exprimer ses doutes.
Le colonel Doumbouya a conduit le coup d’Etat militaire qui a renversé le président civil Alpha Condé, au pouvoir depuis plus de dix ans, le 5 septembre 2021.
M. Condé était devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu de Guinée après des décennies de régimes autoritaires ou dictatoriaux, mais sa volonté de se maintenir au pouvoir, en modifiant la Constitution pour briguer un troisième mandat, avait soulevé une forte contestation, durement réprimée, jusqu’à sa chute.
Après le putsch de 2021, le colonel Mamadi Doumbouya s’est fait investir président et s’est engagé sous la pression internationale à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de deux ans à partir de janvier 2023. Il a promis de refonder un Etat miné par les divisions et par une corruption généralisée. Son gouvernement a engagé un grand nombre de poursuites contre des proches de l’ex-président Condé.
Le coup d’Etat du 5 septembre 2021 est l’un des nombreux putschs et tentatives de putsch qui ont secoué l’Afrique de l’Ouest depuis la prise du pouvoir par des colonels au Mali en août 2020.
Par Guylain Gustave Moke