Conflit armé en cours depuis 1998, la guerre dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu (situées dans l’est du pays) a déjà été à l’origine du déplacement interne de près de 7 millions de personnes, comme le révélait l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans un rapport publié en octobre 2023. Le bilan humain est lui très difficile à estimer. On parlerait toutefois de la mort de millions de personnes depuis que cette zone orientale de la RDC est en proie à l’instabilité politique, depuis la fin des années 1990.
Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), 200.000 femmes ont été violées dans la région entre 1998 et 2013 (c’est le dernier chiffre officiel rendu public). Complètement dépassée sur le terrain, l’armée congolaise se retrouve à devoir collaborer avec des milices privées, dont les exactions sont là aussi nombreuses, comme le révélait Human Rights Watch dans son rapport de 2023.
Entre avril et juillet 1994, les Hutus, ethnie majoritaire au Rwanda, vont entreprendre des massacres de masse contre les Tutsis. Le point de départ du génocide intervient après que ces derniers ont été accusés d’avoir orchestré le crash de l’avion présidentiel, alors en phase d’atterrissage vers l’aéroport de Kigali (capitale du Rwanda), le 6 avril 1994. Juvénal Habyarimana, président du Rwanda (lui-même un Hutu) et Cyprien Ntaryamira, président du Burundi voisin, décèdent tous les deux dans cet attentat.
Le génocide au Rwanda prend fin lorsque le Front patriotique rwandais (FPR), un parti politique tutsi, arrive à reprendre le contrôle de la capitale Kigali. Son commandant, Paul Kagame, est l’actuel président du Rwanda depuis 2000. Après la fin des massacres, un million de Hutus fuient vers le Zaïre (l’actuelle RDC) pour éviter les représailles sanglantes du FPR, emmené par le commandant Paul Kagame.
Parallèlement, de l’autre côté de la frontière rwando-congolaise, un groupe de militaires forme une coalition, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), et renverse en 1997 le dictateur du Zaïre, Mobutu Sese Seko, qui était au pouvoir depuis 1965. Leader des militaires ayant pris le pouvoir, c’est Laurent-Désiré Kabila qui prend la tête de ce que l’on appelle désormais la RDC. Pour réussir une campagne militaire de cette ampleur, Laurent-Désiré Kabila a pu compter sur le soutien du nouveau gouvernement rwandais. 
Le mouvement du 23 mars (plus connu sous le nom de M23), acteur principal de la guerre dans le Kivu, trouve une partie de son origine dans cette histoire. Hormis les anciens généraux hutus qui ont fui vers l’est de la RDC après le génocide, il faut comprendre que ce sont des centaines de milliers de Tutsis qui ont cherché à quitter le Rwanda pour tenter d’éviter une fatalité incontestable: la mort. Les Tutsis rescapés du génocide se sont déplacés vers l’est de la RDC, dans les actuelles provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.
Les anciens responsables hutus, eux, ont formé un groupe militaire: les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), également engagées dans le conflit au Nord-Kivu. Organisés en RDC, ce groupe armé a pour ambition de renverser Paul Kagame au Rwanda et de reprendre le pouvoir. Kigali accuse Kinshasa de favoriser les intérêts des FDLR, quand Félix Tshisekedi, actuel président congolais (depuis 2019), reproche à Paul Kagame de soutenir le M23, dont les membres sont à très grande majorité tutsis.
C’est dans ce contexte que le groupe armé M23 –dont le nom vient donc de l’accord de paix de 2009– a été constitué en 2012, puis a pris les armes contre les Forces armées de la RDC. Paul Kagame réfute toutes les accusations témoignant du fait que le Rwanda soutient le M23. Le président rwandais doit pourtant bien composer avec un rapport accablant de l’ONG Human Rights Watch, publié le 6 février 2023, qui pointe sans détour que le Rwanda apporte un soutien logistique, financier et humain au M23.
Après des années d’absence, les entreprises américaines tentent de reprendre pied en RDC, malgré l’insécurité, la corruption et un conflit armé toujours actif. Les sols de la RDC et notamment du Kivu contiennent entre 60% et 80% des réserves de coltan, un minerai essentiel à la fabrication des smartphones et des ordinateurs. Les enjeux économiques sont énormes et expliquent en partie la guerre dans les provinces de l’est de la RDC.
Les entreprises américaines, pourtant pas les dernières pour aller s’implanter là où existent des business opportunities, ont longtemps évité la République démocratique du Congo (RDC), notamment en raison de l’insécurité et de la corruption qui ont pu y régner. Un vide que les sociétés chinoises ont vite comblé, en faisant main basse sur les minerais congolais. Aujourd’hui, les États-Unis cherchent à inverser la tendance.
L’entreprise américaine KoBold Metals s’apprête à investir en RDC, intéressée par l’un des plus grands gisements de lithium jamais découverts, enfoui sous le granite, rapporte le magazine économique britannique The Economist. Que l’est du pays soit plongé dans un conflit sanglant –mettant aux prises l’armée régulière et les rebelles du M23– n’émeut pas plus que ça son PDG, Josh Goldman, puisqu’après tout, «c’est le plus grand trésor minéral du monde».
Cobalt, lithium ou encore cuivre: la République démocratique du Congo regorge de ressources minérales stratégiques, «des matériaux rares, indispensables et non substituables», comme l’explique la revue Géoconfluences. Des ressources qui figurent sur la liste américaine des soixante minerais indispensables à la confection des technologies de pointe, aujourd’hui principalement détenus par la Chine. Afin de contrecarrer cette dépendance stratégique, Donald Trump multiplie les initiatives, telles que l’accord minier signé avec l’Ukraine au printemps 2025. En échange d’une aide militaire dans sa guerre contre la Russie, Kiev cèderait une part des recettes futures tirées des ressources naturelles du pays.
Alors que les investissements états-uniens peinent à se concrétiser du côté de l’Ukraine, la RDC connaît, elle, un regain d’intérêt occidental. En août 2025, KoBold Metals est devenue la première entreprise américaine en dix ans à obtenir un permis d’exploration dans la région. Au début du mois de décembre, l’entreprise suisse Mercuria a annoncé un partenariat estimé à 1 milliard de dollars avec Gécamines, une société minière d’État congolaise.
Le contexte d’instabilité politique et de conflit armé entre le groupe M23 et le gouvernement dans l’est du pays rend pourtant ces entreprises périlleuses. La corruption constitue également un obstacle majeur dans le pays. L’entreprise britannico-suisse Glencore, principal investisseur occidental du pays et spécialisé –entre autres– dans l’extraction de matières premières, a reconnu avoir versé des pots-de-vin entre 2007 et 2018, ce qui lui a valu plus de 850 millions d’euros d’amendes. Beaucoup d’investisseurs estiment qu’il est impossible d’obtenir des permis sans paiements illégaux. 
Entre des permis accordés puis retirés sans préavis, une fiscalité éclatée entre des dizaines d’administrations et des redevances négociées au cas par cas, s’implanter en RDC peut en effet tenir de la gageure. Depuis 2002, plus de la moitié des entreprises minières étrangères ont été impliquées dans des litiges avec l’État congolais.
C’est dans ce contexte que Donald Trump a conclu puis signé en juin les accords de Washington, un traité de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, accusé de soutenir les rebelles du M23 dans le conflit. Les États-Unis promettent ainsi de maintenir la paix dans la région, en moyennant un accès facilité aux richesses du sous-sol pour les entreprises américaines.
En signant cet accord, l’objectif américain est clair: réduire l’emprise de la Chine sur les ressources du pays. En 2007, la RDC avait accordé de larges avantages fiscaux aux entreprises chinoises, en échange d’investissements à hauteur de 8,4 milliards d’euros. En janvier 2025, la Chine contrôlait près de 80% de la production minière congolaise. L’accord actuel avec les États-Unis prévoit la création d’une «réserve d’actifs stratégiques» réservée en priorité aux investisseurs américains, incluant des sites majeurs comme la mine de Rubaya, qui fournit entre 15% et 30% du coltan mondial.
Cependant, l’accord entre les États-Unis, le Rwanda et la RDC semble insuffisant pour garantir une paix durable sur place, d’autant plus que plusieurs gisements stratégiques –dont celui de Rubaya– sont toujours sous contrôle du M23. Donald Trump et le gouvernement congolais se promettent peut-être mutuellement quelque chose qu’aucun d’eux ne peut réellement garantir.
Les efforts timorés du président américain pour faire respecter une trêve signifient que la perspective d’exploiter ces gisements reste lointaine. En RDC, comme ailleurs, le Bureau ovale a fait du profit son unique objectif, en passant peut-être peu vite sur la situation alarmante du pays.
Félix Tshisekedi, réélu à la tête de la RDC en décembre 2023, refuse toujours de s’asseoir à la table des négociations, tant que les soldats rwandais n’auront pas quitté le territoire congolais. Paul Kagame, encore une fois, dément toutes les accusations d’ingérences qui lui sont faites. L’urgence est pourtant belle et bien là.
Par Guylain Gustave Moke