En RDC, le débat sur la révision de la Constitution par l’UDPS suscite des inquiétudes, entre nécessité de réforme et ambitions de pérennisation du pouvoir.
L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parti présidentiel, semble résolue à ajuster le texte fondamental de 2006, une décision qui suscite une vive opposition. Alors que certains y voient une simple mise à jour légitime, d’autres dénoncent une tentative de pérenniser le pouvoir du président Félix Tshisekedi.
Lors d’un récent meeting populaire, Kabuya, Secrétaire Général de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), a plaidé pour une révision de la Constitution, remettant en question certains aspects clés du texte fondamental du pays.
Lors de son discours, Augustin Kabuya a dénoncé ce qu’il considère comme une inadéquation entre la durée officielle du mandat présidentiel et le temps réel de travail du Chef de l’État. Selon lui, bien que la Constitution fixe la durée d’un mandat à cinq ans, une bonne partie de cette période est consacrée à la formation du gouvernement, ce qui réduit considérablement le temps effectif de gestion à environ trois ans. Cette analyse a été la base de son plaidoyer pour une révision constitutionnelle, affirmant que la Constitution actuelle entrave l’efficacité de l’action présidentielle. 
Kabuya ne s’est pas contenté de critiquer la durée du mandat. Il est allé plus loin en remettant en cause l’origine même de la Constitution, affirmant qu’elle aurait été « élaborée par des étrangers ». Cette déclaration vise à renforcer l’idée que le texte actuel ne correspond pas aux réalités congolaises, justifiant ainsi une refonte profonde. Cependant, cet argument a immédiatement suscité des critiques, notamment de la part des opposants politiques et des organisations de la société civile, qui y voient une tentative de déstabilisation du cadre démocratique.
Pour l’UDPS, ce texte de 2006, hérité de l’ère Joseph Kabila, doit être modifié pour répondre aux besoins actuels du pays. L’UDPS défend cette révision comme une nécessité pour lever certains obstacles institutionnels qui freinent l’efficacité de l’État. Kabuya insiste sur le fait que d’autres nations révisent régulièrement leurs Constitutions, et qu’il est normal pour une démocratie d’adapter ses lois fondamentales aux réalités contemporaines.
Cependant, cette volonté de révision est perçue par une partie de l’opposition comme une manœuvre pour consolider le pouvoir de Félix Tshisekedi, réélu en 2023. Moïse Katumbi, figure emblématique de l’opposition congolaise, a également exprimé ses inquiétudes, affirmant que ces discussions pourraient servir à préparer un « glissement » vers un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Outre les opposants politiques, la société civile s’inquiète de cette volonté de révision. Plusieurs ONG, dont l’Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme (ASADHO), ont dénoncé cette démarche, la qualifiant d’une violation des principes démocratiques. L’Église catholique, voix influente en RDC, n’a pas encore officiellement pris position, mais son intervention dans ce débat pourrait jouer un rôle déterminant dans l’évolution de la situation.
Mr. Augustin Kabuya de seme volontairement la confusion entre une révision constitutionnelle et un changement complet du texte, ce qui pourrait violer l’article 220 de la Constitution. Cet article protège notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels, une disposition jugée immuable.
La question qui se pose désormais est de savoir si le président Tshisekedi adhère à ces propositions de révision ou s’il s’agit d’une initiative isolée de son parti. En août dernier, Tshisekedi avait fermement nié toute intention de modifier la Constitution pour prolonger son mandat, déclarant que les dispositions concernant la durée du mandat présidentiel étaient immuables. Cependant, la relance de ce débat par un membre influent de son parti soulève des doutes quant aux véritables intentions du pouvoir en place à l’approche des élections.
Le débat sur la révision de la Constitution en RDC pose une question fondamentale : cette révision est-elle vraiment nécessaire pour l’amélioration du fonctionnement de l’État, ou s’agit-il d’une simple manœuvre politique ? Pour l’UDPS, il s’agit d’une promesse électorale à tenir et d’une opportunité pour réformer des lois dépassées, y compris la loi électorale.
Cette initiative divise profondément la classe politique et la société civile, et pourrait redessiner le paysage politique du pays.
Guylain Gustave Moke