Ouvert en juillet 2020, ce procès s’est déroulé sur quatre longues années, traversant même la pandémie de Covid-19. Abdoulaziz Al-Hassan a été reconnu coupable de « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » pour des persécutions, des tortures et des actes inhumains en 2012 et 2013.
Mercredi 26 juin, Abdoulaziz Al-Hassan, l’ancien chef de la police islamique de Tombouctou, a été reconnu coupable de plusieurs « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » pour des persécutions, des tortures, des actes inhumains, des traitements cruels et des atteintes à la dignité de la personne. Derrière ces qualifications juridiques, les faits sont glaçants : Abdoulaziz Al-Hassan est coupable d’avoir ordonné la flagellation en public de treize habitants de Tombouctou et d’avoir procédé à une amputation.
L’ancien vétérinaire, qui a rejoint le groupe Ansar Eddine quelques semaines après le début de l’occupation de Tombouctou par AQMI et Ansar Eddine en mars 2012, a d’abord été l’un des « commissaires de facto » de la police islamique, la Hesbah, puis ensuite son directeur. Abdoulaziz Al-Hassan devait exécuter les sentences prononcées par le tribunal islamique, à l’encontre de tous ceux qui ne respectaient pas les lois des autorités de fait de l’époque.
Selon les témoignages retenus par les juges, Abdoulaziz Al-Hassan flagellait ses victimes ou ordonnait qu’elles soient fouettées. Certaines femmes étaient à l’époque enfermées dans un distributeur à billets, proche du siège de la banque, devenue le quartier général de la police et le bureau d’Abdoulaziz Al-Hassan. Ce dernier procédait aussi lui-même aux interrogatoires, parfois violents.
Pendant les quatre années de ce procès, la défense et l’accusation ont brossé deux portraits contrastés d’al-Hassan. Son avocate le décrit comme « un petit poisson dans une situation impossible », tandis que le procureur le considère comme « une pièce importante du système global de persécution ». Cette distinction est importante, car elle déterminera non seulement la culpabilité de l’accusé, mais aussi l’ampleur de sa responsabilité dans les atrocités commises à Tombouctou. 
Les charges retenues contre Abdoul Aziz al-Hassan sont lourdes : torture, traitement cruel, atteinte à la dignité de la personne, viol, esclavage sexuel, mariages forcés, condamnation sans jugement, persécutions, et autres actes inhumains. Les faits se sont déroulés dans un contexte de terreur où les droits humains étaient systématiquement bafoués. Al-Hassan, à travers son rôle à la tête de la police islamique (Hesbah), aurait été omniprésent, infligeant des punitions sévères et arbitraires.
Si les faits sont accablants, l’ancien djihadiste a néanmoins été acquitté des chefs d’accusation de viols, d’esclavage sexuel et de mariages forcés. Les magistrats ne contestent pas l’existence de tels actes et le président en a rappelé certains, comme l’histoire d’une femme arrêtée parce qu’elle ne portait pas le voile. « Trois agents de la Hesba l’ont violée à tour de rôle lors de la nuit, sous la menace d’une arme à feu », a lu Antoine Mindua, le juge président.
Mais les juges estiment en substance qu’il s’agissait de crimes de droit commun, et non pas de crimes commis dans le cadre plus large d’une politique établie par les chefs djihadistes et qui en ferait un crime contre l’humanité ou un crime de guerre. La Cour a aussi acquitté M. Al-Hassan pour la destruction des mausolées de la ville sainte.
Depuis l’ouverture de l’enquête début 2013, à la demande du gouvernement malien, la CPI n’avait conduit qu’un seul procès, portant sur la destruction des mausolées – aujourd’hui reconstruits à l’identique par l’Unesco – de la ville sainte. En septembre 2016, Ahmed Al-Mahdi a été condamné à neuf ans de prison – il en a purgé six – après avoir plaidé coupable. L’enquête du procureur se poursuit. La semaine dernière, la Cour a rendu public un mandat d’arrêt émis en 2017 contre l’ancien chef d’Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, pour des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.
Ouvert en juillet 2020, ce procès s’est déroulé sur quatre longues années, traversant même la pandémie de Covid-19. Si al-Hassan est reconnu coupable, la sentence ne sera prononcée qu’après plusieurs mois, suivant les réquisitions du procureur. Ce procès est le second de la CPI concernant l’occupation de Tombouctou, après celui d’Ahmed al-Mahdi, condamné à neuf ans de prison pour la destruction des mausolées de la ville.
Le bureau du procureur a récemment dévoilé un mandat d’arrêt contre Iyad Ag Ghali, chef d’Ansar Dine, et souligné que l’enquête sur les crimes de l’occupation de Tombouctou se poursuit. Pendant le procès, al-Hassan a tenté de se distancier d’Ag Ghali et des mouvements jihadistes. Il espère une libération provisoire.
La Rédaction