Kenyan President William Ruto speaks during a pre-departure briefing for the first contingent of police officers to deploy to Haiti, at Embakasi, Nairobi, Kenya, in this handout photo released June 24, 2024 "William Samoei Ruto" via X/Handout via REUTERS THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. NO RESALES. NO ARCHIVES. MANDATORY CREDIT
Le 25 juin 2024 restera une date-clé dans l’histoire du Kenya. Ce jour, une foule largement pacifique, inédite par son ampleur et par sa jeunesse, a déferlé dans les grandes villes pour dire son opposition aux nouvelles taxes de la loi de finances votée ce jour-là.
A Nairobi, la capitale, sur fond de violences policières, le rassemblement a tourné à l’émeute contre les symboles du pouvoir, des milliers de manifestants parvenant à s’introduire brièvement dans le Parlement. Ils y ont déclenché des incendies, jeté des drapeaux à terre, volé des iPad et mis à sac la coquette buvette. Certains représentants de la nation n’ont eu d’autre choix que de s’enfuir par un tunnel.
Depuis les manifestations qui ont débuté mi-juin, c’est tout l’Etat kényan qui fait face à une défiance inédite, bien au-delà de la loi budgétaire 2024-2025. Dans les cortèges, des pancartes ont grimé les députés en « cochons », eux qui figurent parmi les parlementaires les mieux payés au monde. L’exécutif n’est pas épargné, surtout le président William Ruto, élu il y a deux ans en promettant des millions d’emplois et une vie moins chère. 
Ce riche homme d’affaires, parti de rien, s’est érigé en incarnation des « hustlers », ce petit peuple des débrouillards qui forment l’essentiel de l’économie. Mais depuis son arrivée au pouvoir en 2022, il a multiplié les nouvelles taxes pour faire face à la dette (67 % du PIB). Au point que le très pieux Ruto est désormais surnommé « Zakayo », du nom de Zachée, un opiniâtre collecteur d’impôts de la Bible. « Ruto must go » (« Ruto doit partir »), clament les manifestants.
Hier, mercredi 26 juin, le Président du Kenya, William Ruto, a annoncé le retrait du projet de budget controversé pour 2024-25. Cette décision fait suite à des manifestations massives et violentes qui ont secoué le pays. Le projet de budget, qui proposait des augmentations significatives des taxes, a provoqué une vague de contestation sans précédent.
Face à l’escalade des violences, avec un bilan d’au moins 23 morts selon les organisations des droits de l’homme, Ruto a pris la parole. Dans un discours télévisé, il a déclaré : « Après avoir écouté attentivement le peuple kényan, qui a dit haut et fort qu’il ne voulait rien avoir à faire avec ce projet de loi de finances 2024, je m’incline et je ne promulguerai pas le projet de loi de finances 2024, qui sera par conséquent retiré. » Cette décision marque un tournant significatif dans la gestion de la crise.
Dans son discours, Ruto a également lancé un appel à une concertation nationale pour discuter de l’avenir économique du pays. « Puisque nous nous sommes débarrassés du projet de loi de finances 2024, il est nécessaire d’avoir une conversation en tant que nation à l’avenir. Comment gérer ensemble notre situation d’endettement ? ». Cette initiative vise à apaiser les tensions et à trouver des solutions durables aux problèmes économiques du Kenya.
Le retrait du projet de budget a suscité des réactions mitigées. Certains le voient comme une victoire du peuple, tandis que d’autres restent sceptiques. Hanifa Adan, une figure de la contestation, a qualifié l’annonce de Ruto « d’opération de com ». Sur les réseaux sociaux, les avis sont divisés, certains manifestants continuent d’exprimer leur méfiance envers le gouvernement.
La communauté internationale a également réagi aux événements au Kenya. Les États-Unis, par la voix de John Kirby, porte-parole de la Maison-Blanche, ont appelé à la retenue et au respect du droit de manifester. La stabilité politique du Kenya, un partenaire stratégique pour les États-Unis en Afrique de l’Est, est jugée capitale, d’autant plus à la suite de la récente visite d’État de William Ruto à Washington.
La Rédaction