Teodorin Obiang Nguema, vice-président de Guinée équatoriale
Depuis le Forum économique mondial de Davos, en janvier, la Guinée équatoriale multiplie les opérations de séduction auprès des investisseurs étrangers. La campagne est conduite par le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, définitivement condamné en France en 2021 dans l’affaire des « biens mal acquis » et toujours inscrit sur la liste des sanctions britanniques. Washington, de son côté, a nettement adouci sa position depuis un an.
Du 20 au 22 janvier 2026, la délégation équato-guinéenne conduite par Teodoro Nguema Obiang Mangue a enchaîné les rendez-vous à Davos. Le vice-président s’est entretenu avec le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, sur les soins primaires et la chaîne d’approvisionnement en vaccins, puis avec Kate Kallot, fondatrice de la société technologique Amini, autour des infrastructures de données, de la 5G et de capacités d’intelligence artificielle souveraines. Il y a formulé l’ambition de faire de son pays la porte d’entrée du Forum économique mondial pour la sous-région CEMAC.
Sept mois plus tard, la démarche se poursuit. Malabo cherche à se défaire de l’étiquette de petit producteur pétrolier d’Afrique centrale et met en avant le gaz, la transformation locale des matières premières, l’agriculture, le tourisme et la logistique. Fin juillet, le président d’Afreximbank, George Elombi, a été reçu à Malabo pour discuter du financement de cette transformation économique.
L’ambassadeur de cette offensive demeure toutefois l’un des dirigeants africains les plus exposés aux procédures anticorruption engagées en Occident au cours de la dernière décennie.
Condamné une première fois en 2017 par le tribunal correctionnel de Paris, Teodoro Nguema Obiang Mangue a vu sa peine confirmée et alourdie en appel le 10 février 2020 : trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amende, la cour d’appel ayant supprimé le sursis qui l’accompagnait, et la confiscation de l’ensemble des biens saisis, pour blanchiment d’abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics et d’abus de confiance entre 1997 et 2011. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi le 28 juillet 2021, mettant un terme à quatorze ans de procédure. Transparency International, partie civile, évaluait alors le patrimoine confisqué à environ 150 millions d’euros.
L’hôtel particulier du 42, avenue Foch, dans le 16e arrondissement parisien, en constitue la pièce maîtresse : une centaine de pièces, une valeur estimée par la presse à plus de 100 millions d’euros. Le dossier n’est pas refermé pour autant. Malabo, qui réclame la restitution de l’immeuble et le considère comme son ambassade, a saisi la Cour internationale de justice sur le fondement de la convention des Nations unies contre la corruption de 2003. En septembre 2025, la CIJ a rejeté par treize voix contre deux sa demande de mesures conservatoires destinées à empêcher la vente du bien.
Aux États-Unis, la procédure civile de confiscation engagée en 2011 par le département de la Justice s’est soldée en octobre 2014 par un accord. Le vice-président abandonnait plus de 30 millions de dollars d’actifs dont une villa à Malibu, une Ferrari, des objets de collection ayant appartenu à Michael Jackson contre 20 millions destinés à une organisation caritative agissant au bénéfice des Équato-Guinéens et 10,3 millions revenant au Trésor américain. Il n’a reconnu aucune faute. Le département de la Justice évaluait alors son patrimoine à plus de 300 millions de dollars, pour un salaire officiel inférieur à 100 000 dollars par an.

Depuis, la relation bilatérale a pris une tout autre direction. En septembre 2025, l’administration Trump a levé temporairement les restrictions de visa liées à la corruption qui le visaient, afin qu’il puisse se déplacer hors de New York après son passage à l’Assemblée générale des Nations unies. Il y a rencontré le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau. Washington a ensuite versé 7,5 millions de dollars à Malabo pour l’accueil de migrants expulsés du territoire américain, un accord critiqué par des sénateurs démocrates. Le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a lui-même été reçu à Washington le 16 avril 2026. La composante américaine du dossier judiciaire relève désormais largement du passé.
Le Royaume-Uni n’a pas suivi la même trajectoire. Inscrit le 22 juillet 2021 sur la liste établie au titre du Global Anti-Corruption Sanctions Regulations 2021, Teodorin Obiang reste visé par un gel des avoirs et une interdiction d’entrée sur le territoire britannique. Le Foreign Office lui reprochait d’avoir dépensé plus de 500 millions de dollars depuis sa nomination comme ministre en 1998, entre résidences de luxe, jet privé, yacht et automobiles de collection. La motivation de sa désignation a été précisée en février 2025, et une interdiction d’exercer des fonctions de dirigeant d’entreprise s’y est ajoutée en avril de la même année.
Pour une banque, un assureur ou un cabinet de conseil britannique, une telle inscription emporte des obligations de gel, de vérification et de déclaration qui s’appliquent aussi aux entités contrôlées par la personne désignée.
La production d’hydrocarbures est tombée à 68,4 millions de barils équivalent pétrole en 2025, contre 83 millions un an plus tôt, soit un recul de 17,6 %. Le produit intérieur brut réel s’est contracté de 5,8 % sur l’année selon le comité technique de suivi de la situation macroéconomique, après un repli de 0,4 % en 2024. Le Fonds monétaire international, qui a validé le 16 décembre 2025 la troisième revue de son programme de suivi sans financement, anticipe de nouvelles contractions jusqu’en 2027 et pointe des réformes structurelles à l’arrêt, une gouvernance déficiente et des vulnérabilités liées à la corruption. ExxonMobil, opérateur historique du champ de Zafiro découvert en 1995, a annoncé son retrait du pays en février 2024, après près de trois décennies de présence.
La rente n’a pas fait reculer la pauvreté. Selon la Banque mondiale, 50,7 % des Équato-Guinéens vivaient sous le seuil de pauvreté national lors de l’enquête de 2022, et 58,1 % sous le seuil de 8,30 dollars par jour retenu pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, une proportion que l’institution voit progresser depuis. Sur le terrain de la gouvernance, le rapport du FMI au titre de l’article IV publié en août 2025 relevait que les autorités avaient finalement renoncé à publier les déclarations de patrimoine des responsables publics, contrairement à des engagements anciens.
Aucune de ces décisions n’interdit en soi à une entreprise française, américaine ou britannique d’étudier un projet en Guinée équatoriale. Les sanctions britanniques visent une personne, pas un État et la confiscation française portait sur des biens situés en France. Les groupes internationaux restent en revanche exposés à leurs propres régimes anticorruption, FCPA américain, UK Bribery Act, loi Sapin II, dont l’application ne dépend ni du lieu des faits ni de la qualité de l’interlocuteur local.
Ce qui pèse dans une décision d’investissement se situe ailleurs dans un pays ou l’éconmoie se mèle aux membres du clan familiale au pouvoir. Exécution des contrats, recours à l’arbitrage, rapatriement des bénéfices, prévisibilité du cadre fiscal et douanier. Sur ce terrain, la Banque mondiale recommande depuis plusieurs années la mise à jour de la législation sur les marchés publics et l’établissement d’un cadre juridique solide pour les partenariats public-privé, deux chantiers toujours ouverts.
Le prochain rendez-vous de Teodorin Obiang est budgétaire. Le ministère des Finances a réuni le 14 août son conseil de direction pour examiner l’avant-projet de loi de finances 2027, présenté comme équilibré malgré un déclin pétrolier que les projections officielles prolongent jusqu’en 2028.
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