L’administration Trump prépare le transfert vers la République centrafricaine de demandeurs d’asile impossibles à reconduire dans leur pays d’origine. Parmi eux, des opposantes iraniennes que la justice américaine avait pourtant placées sous protection. Les défenseurs des droits humains dénoncent une dérive sans précédent.
Selon des informations de l’agence Reuters, l’administration de Donald Trump prévoit d’expulser des ressortissants iraniens, ainsi que des migrants syriens, afghans et turcs, vers la République centrafricaine, dans le cadre d’un accord dit de « pays tiers » conclu avec Bangui.
La diplomatie américaine multiplie ce type d’arrangements depuis des mois. Des accords ont été recherchés ou signés avec des dizaines de pays, dont le Ghana, la Guinée équatoriale et l’Eswatini, sans oublier le Rwanda ou la RDC voisine.

La logique de Washington est de se débarrasser de profils originaires de Téhéran, Kaboul ou Damas mais juridiquement inexpulsables vers leur patrie. Faute de pouvoir les renvoyer chez eux, on les envoie donc n’importe où, ou presque.
Le dossier des deux Iraniennes visées par le premier vol résume le cynisme de Trump. Arrivées aux États-Unis en novembre 2024, elles avaient obtenu d’un juge de l’immigration une protection dite de « withholding of removal », qui n’est accordée que lorsque le risque de persécution ou de torture dans le pays d’origine est jugé fort. Leur avocate précise que l’une s’est convertie au christianisme et que l’autre milite pour la démocratie contre le régime des mollahs. Deux profils que Téhéran ne pardonnerait pas.
La décision du juge interdit donc le renvoi vers l’Iran, mais pas vers Bangui. « Au moment même où les États-Unis promettent au peuple iranien la liberté et leur soutien face à la République islamique, ils renvoient vers leur perte des demandeurs d’asile qui ont fui ce même régime », cingle Ali Rahnama, directeur juridique par intérim de l’Iranian American Legal Defense Fund.
Le grief porte d’autant plus que ces expulsions interviennent sur fond de guerre ouverte entre Washington et Téhéran depuis les frappes américano-israéliennes de fin février, et que Trump lui-même appelait en avril les Iraniens à se soulever contre leur gouvernement.
L’ironie veut que le département d’État classe la Centrafrique au niveau d’alerte maximal pour ses propres ressortissants en indiquant « Ne pas voyager, pour quelque raison que ce soit ». C’est pourtant là que l’Amérique entend reloger ceux dont elle ne veut plus.
Classée parmi les nations les plus pauvres de la planète, la RCA sort à peine d’une décennie de guerre civile. Les hommes de l’ex-galaxie Wagner, passés sous bannière Africa Corps, y exercent selon un rapport du Lansing Institute de février ce qui s’apparente à une « gestion de facto » de territoires et de flux de ressources.
S’y ajoutent des sentiments xénophobes persistants, qui ont historiquement nourri les violences dans le pays et font peser un risque particulier sur les expulsés perçus comme musulmans en raison des assassinats de chrétiens par des extrémistes religieux.
Les expulsés seront logés dans des appartements à Bangui, sans rapatriement immédiat prévu, et des centaines de migrants pourraient à terme suivre le même chemin. Sollicitée pour l’hébergement et l’accompagnement, l’Organisation internationale pour les migrations assurera uniquement le volet humanitaire après l’arrivée.
Un premier vol d’une vingtaine de passagers pourrait partir de manière imminente. S’il décolle, il emportera avec lui un principe vieux de soixante-quinze ans qui voulait qu’on ne renvoie jamais un réfugié vers le danger, ni directement, ni par procuration.
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