Le scrutin présidentiel jeudi en Zambie, pays enclavé d’Afrique australe, endetté mais riche en cuivre, se joue à couteaux tirés entre le président sortant Edgar Lungu, 64 ans et son rival de toujours Hakainde Hichilema, 59 ans.
Qui sont ces deux hommes?
– Edgar Lungu, le sortant-
Avocat de formation, celui qui se décrit comme un « Zambien ordinaire aux origines modestes » a développé une intransigeance volontiers répressive à l’égard de ses opposants au cours de six années au pouvoir.
Il a battu de justesse son principal adversaire Hakainde Hichilema à deux reprises (2015 puis 2016) après la mort en cours de mandat de son prédécesseur Michael Sata, dont il était le ministre de la Défense.
Le leader du Front patriotique s’est lancé en politique comme parlementaire obscur du Parti uni pour le développement national (UPND), le parti aujourd’hui dirigé par son opposant Hichilema, qu’il a quitté en 2001.
Grand et mince, personnalité avenante, il a d’abord surfé sur la popularité de son prédécesseur charismatique. Et les gens de townships de Lusaka se souviennent qu’il venait régulièrement boire des coups avec eux avant de devenir président. 
Ces dernières années, des plaintes se sont multipliées contre lui, affirmant qu’il réprime toute dissidence, notamment pour consolider son pouvoir en vue du scrutin prévu jeudi. Il a laissé emprisonner Hichilema pendant quatre mois, après sa contestation des résultats de la présidentielle en 2016, et fait fermer certains médias indépendants.
Ce chrétien conservateur a multiplié les propos contre les homosexuels, affirmant que ceux qui défendent leurs droits devraient « aller en enfer ».
Marié et père de six enfants, il souffre d’achalasie chronique, une affection causée par un rétrécissement de l’½sophage, qui lui a valu une crise de vertige en juin, obligeant la télévision à interrompre la diffusion d’une cérémonie militaire.
– Hakainde Hichilema, son ennemi juré-
Ce « garçon simple, qui surveillait le bétail » est aujourd’hui un riche homme d’affaires autodidacte qui tente sa chance pour la sixième fois à la présidence.
« HH », comme il est surnommé, a perdu toutes les élections régulières ou anticipées organisées dans le pays depuis 2006, faisant progresser son pourcentage de voix à chaque tentative. La dernière fois, en 2016, il a perdu avec une marge si faible qu’il a contesté les résultats, affirmant que le scrutin lui avait été volé.
Arrêté une quinzaine de fois depuis qu’il fait de la politique, il a passé quatre mois à l’isolement en prison pour « trahison » après avoir refusé le passage à un convoi présidentiel juste après l’élection de 2016.
Orateur éloquent et toujours rasé de près, Hichilema a mené une campagne habile sur les réseaux sociaux et travaillé dur pour se débarrasser de son image élitiste, troquant ses costumes sur mesure pour des treillis ou des jeans plus décontractés.
Dans un entretien, il se décrivait comme « un citoyen ordinaire, un Africain ordinaire ».
Né dans une famille pauvre du sud du pays, c’est son « cran » et sa « détermination » à l’école, raconte-t-il, qui lui ont valu une bourse déterminante à l’université de Zambie, dont il sort diplômé en économie et gestion des affaires, avant de prolonger ses études en Angleterre.
Il a commencé dans l’immobilier, investissant progressivement dans la finance, l’élevage, la santé et le tourisme. « HH » a siégé au conseil d’administration de plusieurs grandes entreprises zambiennes.
Cet « outsider » politique, venu du monde des affaires, a été catapulté à la tête du parti UPND, à la mort de son ancien leader en 2006.
Le slogan de sa campagne est « Faka pressure » ou « faire pression » pour le changement en argot local.
Chrétien de l’ethnie Tonga, il est marié et a trois enfants. Mécène à ses heures, il finance des écoles et paye les frais de scolarité d’enfants défavorisés.
– Drôle de campagne –
Les soutiens de l’opposition font au contraire profil bas, portant même parfois du vert pour éviter les agressions de leurs rivaux. On appelle ça la « tactique de la pastèque »: rouge – la couleur de l’opposition – à l’intérieur, vert à l’extérieur.
Seule une campagne de porte-à-porte a été autorisée, tout meeting interdit en raison de la pandémie de coronavirus. Chaque camp a rusé, organisant des distributions gratuites de masques pour se montrer et parler politique dans les rues.
Les équipes d’Hichilema, surnommé « HH », se sont vu bloquer l’accès à plusieurs régions, notamment la province centrale et stratégique du Copperbelt, et ses partisans dispersés à coup de gaz lacrymogènes.
Des inquiétudes ont été exprimées au sujet des listes électorales récemment remises à jour qui pourraient défavoriser l’opposition et d’une loi controversée sur la cybersécurité qui pourrait être utilisée pour bloquer l’internet.
– « Tellement d’intimidations » –
Des sondages montrent que les soutiens de « HH » ont augmenté à Lusaka, longtemps considéré un bastion du parti au pouvoir, notamment en raison de la politique économique jugée décevante de M. Lungu. Mais à part une affiche ici et là, cette notion est bien peu visible.
Pourtant, dans les rues de la capitale, qui concentre quelque trois millions des 17 millions de Zambiens, le vert domine clairement le rouge de l’opposition, sur les affiches placardées au mur ou bandelettes enroulées autour des lampadaires, en amont de l’élection jeudi qui s’annonce particulièrement serrée entre les deux principaux candidats.
Lungu concèdera-t-il une défaite s’il est battu? « Il y a de l’appréhension » à ce sujet, estime le juriste O’Brien Kaaba. « Les militaires patrouillant dans les rues créent une dynamique nouvelle », difficile à décrypter.
Si les violences préélectorales ne sont pas rares en Zambie, chaque transition du pouvoir s’est déroulée de manière pacifique depuis que l’ancienne colonie britannique a adopté la démocratie multipartite en 1990.
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