Le Pastef, parti au pouvoir au Sénégal, a proclamé une « large victoire » aux élections législatives anticipées tenues le dimanche 17 novembre 2024. Un tournant politique sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye.
Ce scrutin, premier test électoral depuis son accession au pouvoir, visait à renouveler les 165 sièges de l’Assemblée nationale pour un mandat de cinq ans. Sans attendre la proclamation des résultats officiels, les principaux opposants ont reconnu leur défaite face à la « razzia » du Pastef, qui devrait obtenir plus de 129 sièges de députés sur 165.
Près de huit mois après le triomphe de leur candidat, Bassirou Diomaye Faye, à l’élection présidentielle du 24 mars, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) s’acheminent vers un raz de marée électoral lors des législatives anticipées qui se sont tenues dimanche 17 novembre dans un « climat pacifique et serein », selon la Commission électorale nationale autonome.
D’après les projections de Vie-Publique.sn, une plateforme citoyenne qui agrège les résultats, le parti conduit par le premier ministre, Ousmane Sonko, qui se définit comme panafricaniste de gauche, était en passe, lundi, d’obtenir au moins 129 des 165 sièges en jeu à l’Assemblée nationale.
Ainsi, tous les grands bassins d’électeurs, dont Dakar, sa grande banlieue, Thiès, Diourbel et Mbacké, passent sous la férule du Pastef et seuls quatre départements lui échappent. « Une razzia », commente L’Observateur, l’un des quotidiens de référence au Sénégal. 
Dans ses boucles WhatsApp, le Pastef revendique 101 des 112 députés élus sur les listes départementales. Manquent encore les résultats de la proportionnelle pour les 53 députés élus sur les listes nationales à l’issue d’un quotient électoral établi sur un taux de participation de 49,72 %, d’après la plateforme Sénégal Vote.
Si les contours de cette victoire doivent encore être précisés et le nombre de députés confirmé par la direction générale des élections d’ici à vendredi, la nouvelle hégémonie du Pastef sur le champ politique sénégalais ne fait plus de doute. Jamais depuis les législatives de 1988 – remportées par le Parti socialiste du président Abdou Diouf – un parti n’avait obtenu un tel succès sans l’aide d’une coalition.
Ces législatives se sont déroulées dans un contexte politique tendu, avec l’émergence de coalitions d’opposition déterminées à défier le pouvoir en place. Parmi elles, Yewwi Askan Wi et Wallu Sénégal ont mené des campagnes dynamiques, dénonçant ce qu’elles considèrent comme des dérives autoritaires et appelant à un rééquilibrage institutionnel.
Cependant, selon des observateurs locaux, le taux de participation serait resté modéré, oscillant autour de 50%. Ce qui reflète une certaine désillusion des électeurs face aux promesses politiques non tenues. Cette abstention pourrait également avoir influencé les résultats en faveur du Pastef, dont les partisans semblent s’être mobilisés en masse.
Bassirou Diomaye Faye, ancien secrétaire général du Pastef et successeur de Macky Sall, avait convoqué ces élections anticipées pour consolider sa majorité parlementaire, nécessaire à la mise en œuvre de ses réformes économiques et sociales. Sa présidence s’inscrit dans une période marquée par des défis économiques liés à l’inflation et à la dette publique croissante.
Le Pastef, fondé par Ousmane Sonko, bénéficie toujours de la popularité de son ancien leader, malgré les controverses et les poursuites judiciaires qui ont marqué sa carrière politique. La campagne électorale a largement mis en avant son héritage politique et son discours en faveur de la souveraineté nationale.
La victoire du Pastef ouvre la voie à une recomposition de l’espace politique sénégalais. Le parlement étant jusqu’ici aux mains de l’ancien régime. L’opposition devra repenser ses stratégies et renforcer ses alliances pour rester pertinente dans le paysage politique. Le Sénégal, souvent considéré comme un exemple de démocratie en Afrique de l’Ouest, attend désormais les résultats officiels avec attention.
Par Guylain Gustave Moke