Les Etats membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont pris note jeudi de la demande de la République démocratique du Congo d’un retrait accéléré des Casques bleus, même si certains se sont inquiétés de l’impact d’un départ « précipité » pour la population civile.
La semaine dernière à la tribune de l’ONU, le président congolais Félix Tshisekedi a insisté pour un retrait « accéléré » de la mission de maintien de la paix de l’ONU (Monusco) de son pays à partir de fin 2023, et non fin 2024.
« Nous souhaitons que le Conseil de sécurité prenne pleinement en compte les demandes concrètes et réalistes des autorités congolaises », a déclaré jeudi l’ambassadeur français à l’ONU Nicolas de Rivière, insistant pour un retrait « ordonné », en « collaboration étroite » entre Kinshasa et l’ONU.
Des Casques bleus sont présents en RDC depuis près de 25 ans et le Conseil doit renouveler en décembre le mandat de la Monusco, dont Kinshasa et une partie de la population contestent l’efficacité à protéger les civils.
Alors que la crise sécuritaire ne faiblit pas dans l’est du pays, plusieurs Etats membres ont émis des doutes sur l’opportunité de transférer de façon accélérée les tâches de la Monusco aux forces congolaises. 
La partie Est de la République Démocratique du Congo reste en proie aux conflits en armés. C’est ce qu’on peut retenir de l’intervention de Bintou Keita, devant le Conseil de sécurité de l’ONU. « L’insécurité continue de gangrener l’Est de la RDC », a déclaré la cheffe de la Mission de l’ONU dans le pays. Elle a, à cette occasion, pointé du doigt l’activisme du groupe rebelle M23 qui « continue de nourrir la frustration et la colère de la population et d’alimenter des tensions entre la RDC et le Rwanda ».
En Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu, trois provinces situées dans l’Est, la situation sécuritaire demeure toujours préoccupante. « Plus de six millions de personnes sont toujours déplacées », alerte Bintou Keita. Depuis 2022, le groupe rebelle M23 a repris les hostilités au Nord-Kivu, après avoir déposé les armés, en 2009, à la suite de la signature d’un accord de paix avec les autorités congolaises. Une reprise qui aggrave la situation sécuritaire dans cette partie du pays. « La situation demeure volatile et requiert toujours des efforts continus de protection des civils », a rappelé Mme Keita.
Face à cette situation, la cheffe de la Mission de l’ONU plaide pour la réforme de la sécurité. « Les efforts régionaux ne pourront atteindre leurs objectifs que si, en parallèle, des réformes essentielles du secteur de la sécurité congolaise sont adoptées, financées et mises en œuvre », a-t-elle dit. Elle a, en outre, appelé les rebelles « à déposer les armes et à se retirer, sans délai, des territoires occupés ».
« Les Etats-Unis sont franchement préoccupés par le fait que les forces de la RDC et de la région ne soient pas prêtes à remplir les conditions pour assurer la sécurité de la population congolaise », a déclaré l’ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield.
Le Royaume-Uni de son côté est prêt à envisager « une réduction » du nombre de Casques bleus « en accord avec la demande du gouvernement », a noté l’ambassadeur adjoint James Kariuki. Mais « les conséquences d’un départ précipité seraient graves », a-t-il mis en garde.
Le ministre congolais des Affaires étrangères Christophe Lutundula, déplorant l’attitude « figée » du Conseil de sécurité, a lui prévenu contre toute tentation de simplement reconfigurer la Monusco. « Une Monusco bis (…) ne serait pas une erreur, mais une faute », a-t-il insisté, réclamant un « chronogramme » pour le plan de retrait.
« Nous devons discuter avec nos partenaires pour voir ce qu’ils ont exactement en tête », a commenté la cheffe de la Monusco Bintou Keita, notant qu’il ne serait pas « sage » à ce stade d’évoquer une date pour le retrait complet des Casques bleus.
Depuis 2020, le Conseil de sécurité a entamé un désengagement prudent, approuvant un plan de retrait progressif fixant de grands paramètres pour transférer les responsabilités des Casques bleus aux forces congolaises.