Dans une ruse comme seule l’Histoire en a le secret, c’est son fils, Félix Tshisekedi, qui caresse désormais le même rêve d’éternisation avec le même objectif. Après avoir accédé au pouvoir, sans avoir été élu, grâce à un accord avec son prédecesseur Joseph Kabila, en 2019, et après l’avoir conservé suite à la mascarade électorale de décembre 2023 (avec des machines à voter retrouvées par centaines aux domiciles des personnalités de la majorité) Félix Tshisekedi cherche à changer ou réviser la Constitution, qui lui impose de quitter le pouvoir en janvier 2029.
Dans cette manœuvre, il pourrait être épaulé par la Cour constitutionnelle, appelée le moment venu à interpréter en sa faveur les modifications constitutionnelles et à l’autoriser à briguer de nouveaux mandats.
Dans ce contexte politique, Moïse Katumbi et Martin Fayulu, deux figures de proue de l’opposition congolaise, se sont rencontrés à Genval, en Belgique, pour la première fois depuis les élections de décembre 2023. Cette rencontre, symbolique et importante, marque un tournant dans leurs relations, qui avaient été marquées par des divergences au sujet de la gestion du second mandat de Félix Tshisekedi.
Le 7 décembre 2024, les deux opposants ont décidé de mettre de côté leurs différends pour faire front commun contre les réformes constitutionnelles envisagées par le président de la République.
Ce face-à-face a revêtu une importance particulière, car il s’agit de la première rencontre officielle entre les deux leaders après les élections. Moïse Katumbi et Martin Fayulu, bien que partageant des objectifs politiques similaires, s’étaient éloignés ces derniers mois à cause de leurs divergences sur la manière de lutter contre le deuxième mandat de Félix Tshisekedi. 
Leur entretien à Genval s’inscrit dans un cadre stratégique, loin des feux de l’actualité congolaise mais riche en symboles.
Le choix de Genval n’est pas anodin. Ce lieu a une forte charge historique pour l’opposition congolaise, car il fut le théâtre, en 2016, d’une rencontre décisive entre les figures de l’opposition de l’époque. C’est à Genval qu’ils avaient formé le « Rassemblement », une plateforme unie pour exiger le départ du président Joseph Kabila, alors au pouvoir.
Martin Fayulu a d’ailleurs rappelé ce passé symbolique en déclarant à RFI : « Comme nous l’avons fait contre Kabila, nous allons le faire contre Tshisekedi ». Ce rappel de l’histoire témoigne de la volonté de l’opposition de se regrouper à nouveau autour d’une cause commune.
Malgré ce passé commun, il a fallu un certain temps pour que la tension entre Katumbi et Fayulu disparaisse. Selon des sources proches de la rencontre, les premières discussions furent tendues, les deux hommes devant surmonter leurs désaccords avant de trouver un terrain d’entente.
Cependant, après un échange constructif, ils ont pu dépasser leurs différends et envisager de travailler ensemble pour contrer toute tentative de modification de la Constitution. Cet accord de principe est un premier pas vers la construction d’une opposition plus unie face au pouvoir en place en RDC.
Pour Moïse Katumbi, la rencontre avec Martin Fayulu représente un tournant. Les membres de son parti, Ensemble pour la République, voient en cette initiative une nouvelle dynamique pour l’opposition. Toutefois, comme l’a précisé Hervé Diakiese, porte-parole de son parti, cette initiative ne vise pas à constituer une plateforme pour prendre le pouvoir. Il s’agit plutôt d’une union des forces pour défendre l’intégrité de la Constitution et s’opposer à toute tentative de modification qui pourrait compromettre les principes fondamentaux de la République.
De son côté, Martin Fayulu poursuit ses efforts pour élargir son réseau d’opposants à la révision constitutionnelle. Avant de rencontrer Moïse Katumbi, il avait déjà échangé avec l’ancien candidat à la présidentielle Delly Sesanga, également hostile à une modification de la Constitution. Fayulu entend continuer à tisser des liens avec d’autres acteurs politiques qui partagent ses préoccupations et prévoit de publier, dans les prochains jours, un plan d’action commun pour s’opposer à toute révision constitutionnelle.
Ces échanges témoignent d’une volonté grandissante de l’opposition de s’unir face à un pouvoir qu’ils jugent autoritaire et trop porté sur des réformes controversées.
L’enjeu principal pour Katumbi et Fayulu reste donc la défense des principes démocratiques inscrits dans la Constitution, qu’ils considèrent comme un rempart contre les dérives autoritaires. Cette rencontre pourrait bien marquer le début d’une série d’initiatives visant à redéfinir les rapports de force politiques en République Démocratique du Congo.
En attendant, en RDC, pays qui ne semble plus être gouverné, la situation sécuritaire à l’est s’aggrave, les rebelles du M23 poursuivent leur avancée avec le soutien de leur parrain rwandais, à tel point que Félix Tshisekedi n’a désormais plus le choix que de discuter avec Paul Kagame, alors même qu’il avait juré de ne jamais le faire.
La situation socio-économique est tout aussi inquiétante, le président et son entourage semblant plus préoccupés par la conservation du pouvoir et la jouissance des avantages qui lui sont attachés que par l’amélioration du sort de la population, largement livrée à elle-même.
La situation politique étant tout aussi catastrophique… Les services de renseignements et la justice sont plus occupés à faire la chasse aux opposants, dont beaucoup sont en prison ou en exil, qu’à remplir leur mission républicaine.
AfriqueDiplo