Le permis d’exploitation du site d’extraction d’uranium d’Imouraren a été retiré au groupe dirigé par Nicolas Maes, depuis novembre 2023. C’est la conclusion d’un long bras de fer entre Orano et la junte au pouvoir au Niger.
Soucieux d’accélérer ses activités au Niger après la remontée du cours de l’uranium, le groupe Orano (ex-Areva) détenu à 90% par l’État français, voit ses desseins de plus en plus contrariés. Le spécialiste du combustible nucléaire peinait à démarrer ses activités sur le site d’Imouraren, situé à 80 km de la ville d’Arlit, à proximité de laquelle il exploite déjà un autre gisement d’uranium au travers de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr). Ce jeudi 20 juin, le groupe a appris la décision des autorités nigériennes de « retirer à sa filiale Imouraren SA son permis d’exploiter le gisement »
Depuis le début des années 2000, « Orano a investi plus de 1 milliard d’euros dans le projet », explique le groupe. Après l’octroi, dès 2009, de ce permis, les travaux pour l’entrée en production auraient dû commencer « au plus tard en janvier 2011 », rappelle le ministère des mines nigérien, dans une note publiée le 11 juin. Le contexte économique a vite entraîné la suspension du projet.
Depuis le début de l’année, il semble plus propice : sur le marché de gros, le cours de l’uranium, combustible pour les centrales nucléaires, a retrouvé des sommets sans précédent depuis 2007. Mais Orano, dont l’Etat français détient 90 %, fait les frais des tensions diplomatiques entre Paris et les putschistes ayant pris le pouvoir au Niger. La junte a renversé, en juillet 2023, le président élu Mohamed Bazoum, dernier allié de Paris au Sahel, qui reste pour l’heure détenu avec son épouse. 
Le régime militaire a expulsé, fin 2023, les soldats français et l’ambassadeur de France. Il a adressé à Orano une mise en demeure, le 18 mars, lui enjoignant de commencer les travaux d’exploitation du site d’Imouraren dans un délai de trois mois – sous peine d’un retrait du permis.
Début mai, le commissaire colonel Ousmane Abarchi, ministre des mines, s’est rendu à Imouraren, précise la note ministérielle du 11 juin. Toujours selon ce document, il a constaté que « les travaux d’exploitation n’ont pas commencé ». « Les infrastructures ont d’ores et déjà été rouvertes depuis le 4 juin », soutient Orano, dans son communiqué du 20 juin.
Ces multiples blocages ont fragilisé le groupe français, qui n’a pas réussi à soigner ses relations avec la junte au pouvoir. En dépit des nombreux échanges entre le ministère des Mines et la direction d’Orano, aucune feuille de route commune pour le développement du gisement d’uranium d’Imouraren n’avait été établie. Dans sa note du 11 juin, le ministère affirmait en effet avoir rejeté le plan de mise en exploitation du site proposé par le groupe français « car ne répondant pas [à ses] attentes ».
À son arrivée au pouvoir, la junte avait dénoncé l’accord global de partenariat conclu entre le régime du président déchu Mohamed Bazoum et Orano.
Signé en mai 2023, celui-ci prévoyait « qu’Orano renonce au PEX et demande un permis de recherche sur le périmètre correspondant pour tester une nouvelle méthode d’exploitation ISR [pour in-situ recovery] ». Cette technique, moins coûteuse, est différente de celle prévue lors de l’attribution du permis d’exploitation d’Imouraren en 2009.
À la signature du nouvel accord global, en mai 2023, Orano a annoncé un investissement de 85 millions d’euros dans des études visant à démontrer l’opportunité ou non de l’utilisation de cette méthode, en vue de prendre, à l’horizon 2028, une décision d’investissement pour la mise en production de ce nouveau permis. Loin de la date originelle de démarrage des travaux d’exploitation qui était 2011.
Le point d’achoppement entre Orano et l’État reposait également sur le fait que la junte souhaitait que le groupe français « exploite le gisement d’Imfout [zone sur le permis d’Imouraren]. Or, cela nécessite des moyens importants à cause des coûts d’excavation pour atteindre le minerai, profondément enfoui.
À l’inverse, Orano envisageait de commencer avec IMK 25, un gisement situé à faible profondeur et de haute teneur, mais dont la durée d’exploitation ne dépassera pas 24 mois, car le minerai y est moins abondant », précisait alors notre source.
Face à ce projet qui apparaissait moins avantageux pour Niamey, la junte s’est tournée vers d’autres partenariats potentiels pour développer Imouraren. L’agence Bloomberg révélait, au début de juin, que le groupe public russe Rosatom s’intéressait aux actifs nigériens du géant français.
En parallèle, la junte a entamé il y a plusieurs mois des discussions avec les autorités iraniennes pour le rachat des quelque 700 tonnes d’uranate stockés dans la réserve d’Arlit, sur lesquelles les militaires ont mis la main lorsque Orano a suspendu ses activités de traitement du minerai, en septembre 2023, à la suite de la fermeture de la frontière terrestre avec le Bénin, d’où transite l’uranium exporté vers la France.
La Rédaction