Réélu président des Etats-Unis mercredi, le candidat républicain avait reconnu la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental au cours de son premier mandat, en décembre 2020.
Donald Trump, rappelant l’amitié solide et les relations stratégiques qui lient le Maroc aux États-Unis et à Israël. Ce message met en avant les vœux de prospérité du Roi pour le peuple américain et célèbre la coopération historique entre les deux nations, ancrée dans la confiance et les échanges bilatéraux.
Ce message de félicitation de Mohammed VI à Donald Trump, quelques heures après sa nouvelle élection à la présidence des États-Unis, s’inscrit dans le prolongement d’une alliance qui s’est intensifiée ces dernières années autour du double dossier du Sahara occidental et d’Israël.
Le 10 décembre 2020, en effet, celui qui venait de perdre l’élection mais qui était encore président américain avait annoncé que le Maroc allait normaliser ses relations diplomatiques avec Israël par un Tweet. « Une autre avancée HISTORIQUE, aujourd’hui ! Nos deux GRANDS amis, Israël et le royaume du Maroc, ont accepté de normaliser complètement leurs relations diplomatiques – un grand pas en avant pour la paix au Moyen-Orient ! », avait-il alors déclaré sur Twitter (désormais X).
Le même jour, au cours d’un appel téléphonique entre les deux chefs d’Etat, Mohammed VI avait remercié M. Trump, l’assurant de « sa profonde gratitude pour cette prise de position historique ». En retour, le Maroc avait acté la reprise de ses relations officielles avec Israël. 
Un mois plus tard, l’ambassadeur des Etats-Unis à Rabat s’était rendu dans la ville de Dakhla, au Sahara occidental – une première pour un diplomate américain de ce rang –, pour y lancer « le processus officiel d’ouverture d’un consulat » en compagnie du ministre marocain des affaires étrangères.
Mais l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, le 20 janvier 2021, a stoppé net le projet. Sans remettre en cause la proclamation de son prédécesseur, l’administration du président démocrate n’a jamais concrétisé l’installation d’une représentation diplomatique américaine au Sahara occidental. C’est dire combien la réélection de Donald Trump, dans un litige dont la résolution est l’objectif numéro un de la politique extérieure marocaine, était attendue dans le pays.
Les conséquences du retour à la Maison Blanche de M. Trump, dont l’imprévisibilité fut un des traits dominants pendant son premier mandat, paraissent toutefois bien incertaines pour le royaume, même s’il est probable que son aversion pour le multilatéralisme offre une fenêtre au Maroc pour parvenir à une solution au Sahara occidental allant dans le sens de Rabat. Il est possible que Donald Trump entreprenne une nouvelle fois des actions « non orthodoxes » et transactionnelles qui outrepasseront le cadre onusien, le président élu n’ayant jamais cessé de critiquer l’inefficacité de l’organisation internationale.
De nombreux observateurs estiment cependant que le Maroc ne sera pas une priorité de Donald Trump, ce qui aurait aussi été le cas si sa rivale démocrate, Kamala Harris, avait été élue. Son agenda diplomatique portera surtout sur la guerre dans la bande de Gaza, à laquelle il a répété vouloir mettre un terme.
Son souhait de voir s’établir la paix au Proche-Orient, dont il avait fait un argument de campagne auprès des électeurs arabes-américains, pourrait dès lors passer par le redémarrage du processus des accords d’Abraham. Négociés et orchestrés par son gendre, Jared Kushner – alors haut conseiller du président américain –, ils avaient abouti en 2020 à la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes, dont le Maroc. S’il est remis sur les rails, Rabat pourrait être amené à appuyer la reprise de ce plan.
Au-delà de la relation bilatérale, l’évolution attendue des relations entre Washington et Pékin sera aussi scrutée avec attention par le Maroc. Donald Trump, qui entend réduire la dépendance américaine aux matériaux critiques provenant de Chine, indispensables pour la fabrication de véhicules électriques, pourrait être amené à modifier l’Inflation Reduction Act (IRA), estiment des analystes américains.
Si tel est le cas, les 400 milliards de dollars (372 milliards d’euros) de dépenses de ce plan, voté sous l’administration Biden et destiné à décarboner l’économie américaine, se verraient soumis à des restrictions supplémentaires, ce qui aura des conséquences sur le montant des crédits d’impôt pour les véhicules électriques, ainsi que sur les conditions d’accès à ces crédits pour les composants fabriqués à l’étranger.
Or, le Maroc est concerné au premier chef par l’IRA, qui s’appuie, entre autres, sur un approvisionnement à partir de pays amis ou depuis ceux liés par des accords de libre-échange avec les Etats-Unis, comme c’est le cas de Rabat depuis 2004. Ce qui explique que de grandes sociétés chinoises, spécialisées dans la fabrication de batteries électriques ou de cathodes, ont annoncé vouloir investir jusqu’à 10 milliards d’euros dans le royaume, afin de maintenir leur accès au marché américain.
Dans son message de félicitations à Trump, le Roi a mis en avant le dialogue ouvert sur les sujets régionaux et internationaux d’intérêt commun, soulignant l’engagement du Maroc à collaborer avec les États-Unis et Israël pour relever les défis mondiaux, notamment la lutte contre le terrorisme et la promotion de la stabilité au Moyen-Orient.
Ce message de félicitations, bien plus qu’un simple geste protocolaire, incarne la reconnaissance du Maroc pour le soutien stratégique des États-Unis et reflète l’impact durable de la diplomatie de Trump sur les relations maroco-américaines et maroco-israéliennes, créant ainsi une alliance qui veut façonner la géopolitique de la région.
Par Guylain Gustave Moke