Cet ancien soldat de la Légion étrangère est arrivé au pouvoir en commettant un putsch contre Alpha Condé en 2021. Alors que ses opposants sont en exil ou en détention, il a remporté une présidentielle verrouillée avec 86,72 % des voix.
Beaucoup de Guinéens considéraient l’élection présidentielle du 28 décembre comme jouée d’avance. Elle a, sans surprise, été largement remportée par le général Mamadi Doumbouya. Selon les résultats provisoires publiés mardi 30 décembre au soir par la direction générale des élections, le chef de la junte, au pouvoir depuis son coup d’Etat, le 5 septembre 2021, a remporté le scrutin avec 86,72 % des voix. Cette victoire lui permet d’être officiellement élu président pour un septennat, au grand dam de ses opposants, qui l’accusent d’avoir fait tomber une chape de plomb sur la Guinée.
Face au général Doumbouya, les huit candidats autorisés à se présenter se partagent des miettes. Le second, Abdoulaye Yéro Baldé, ancien ministre de l’enseignement supérieur, récolte 6,59 % des voix.
Les deux principaux partis guinéens, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo, et le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), du président déchu Alpha Condé, opposés à la junte et officiellement « suspendus » depuis le mois d’août, avaient appelé à boycotter ce scrutin. 
Quatre ans après le putsch qui a renversé Alpha Condé, Mamadi Doumbouya troque son treillis pour un costume de président civil, validé par les urnes. Mais la compétition a manqué de combattants. Le taux de participation officiel de 80,95 % laisse sceptique une partie de la population, tant la campagne a semblé unilatérale.
Face au général, l’opposition était quasi inexistante. Abdoulaye Yéro Baldé, arrivé deuxième, ne récolte que 6,59 % des voix. Un gouffre qui illustre l’absence de suspense.
Les figures historiques de l’opposition guinéenne, Alpha Condé, Sidya Touré ou Cellou Dalein Diallo regardent le spectacle depuis l’exil. Leurs appels au boycott ont résonné dans le vide face à la machine électorale du CNRD. Si quelques candidats comme Faya Millimono dénoncent des « pratiques frauduleuses », leurs voix peinent à porter dans un pays lassé par des années de tensions politiques stériles.
Paradoxalement, ce scrutin verrouillé pourrait marquer le retour de la Guinée dans le giron diplomatique. La mission d’observation de l’Union Africaine a qualifié le vote de « crédible » et évoque déjà la levée des sanctions. Une bouffée d’oxygène attendue par le régime pour favoriser les investissements, notemment du mégaprojet minier de Simandou.
Fait marquant de cette fin d’année : le silence du vainqueur. Rompant avec une tradition républicaine établie depuis quinze ans, Mamadi Doumbouya n’a pas prononcé d’adresse à la nation ce 31 décembre. Une absence de discours qui alimente les spéculations, alors que la Cour suprême doit encore valider les résultats définitifs avant l’investiture prévue fin janvier.
Le général Doumbouya a désormais sept ans devant lui, un mandat renouvelable une seule fois. Pour les Guinéens, le compte à rebours pour voir des changements concrets, routes, dispensaires, emploi, a commencé.
AfriqueDiplo