Composés de véhicules, de maisons, de terrains et de matériels agricoles d’une valeur estimée à près de 270 millions d’euros, ces biens ont été vendus à l’insu du public par les autorités.
En Gambie, les autorités ont publié, dimanche 11 mai, la liste des biens appartenant à l’ancien dictateur Yahya Jammeh, qui ont été saisis et mis en vente par le gouvernement, après une vague de protestations dans le pays pour réclamer de la transparence dans cette affaire.
Selon une enquête publiée fin avril par le média d’investigation The Republic, ces biens, composés de véhicules, de maisons, de terrains et de matériels agricoles, ont été vendus à l’insu du public par les autorités gambiennes, suscitant une vive polémique dans ce petit pays pauvre d’Afrique de l’Ouest. Leur valeur est estimée à 300 millions de dollars (près de 270 millions d’euros).
Ces derniers jours, plusieurs organisations de la société civile ainsi que l’opposition ont réclamé la publication de la liste des biens de M. Jammeh, dictateur resté au pouvoir de 1994 à 2017, mais également celle des personnes à qui ils ont été cédés. Elles accusent les autorités de les avoir vendus à leurs amis et leurs proches à des prix sous-évalués. 
L’affaire a provoqué une vague de protestations dans le pays. Vendredi, 27 membres d’une organisation de la société civile, les Gambiens contre Les biens spoliés (GALA), ont été arrêtés lors d’une manifestation non autorisée. Samedi, des milliers de personnes sont de nouveau descendues dans les rues de Banjul pour exiger leur libération mais aussi la publication des biens de l’ancien dictateur.
Depuis, le ministère de la justice a publié les avoirs de ce dernier, assurant qu’ils ont été cédés par l’intermédiaire de divers organismes reconnus par le gouvernement. Les noms des acheteurs ainsi que les prix de vente seront également publiés, a aussi promis le ministère. L’argent issu de ces ventes devrait servir à indemniser les victimes du régime de l’ex-dictateur, selon les autorités.
Le gouvernement gambien a endossé en 2022 les recommandations d’une commission qui s’est penchée sur les atrocités perpétrées sous l’ère Jammeh, les autorités acceptant de poursuivre 70 personnes, dont M. Jammeh, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en 1994 et parti en exil en Guinée équatoriale en janvier 2017.
En décembre 2024, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a approuvé la création d’un tribunal spécial chargé de juger les crimes sous l’ancien dictateur.
Selon les nouvelles autorités gambiennes, soixante-dix anciens dignitaires, dont Yahya Jammeh, pourraient être poursuivis par ce tribunal mixte, composé de juges locaux et d’autres issus des pays de la Cedeao, si celui-ci voit le jour. Le procureur serait lui nommé avant même que le tribunal soit établi.
En 2022, suite aux recommandations de la Comission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), les autorités gambiennes ont recensé les crimes qui auraient été commis durant les vingt-deux années de dictature Jammeh (1994-2017). Parmi les faits reprochés à l’ancien dirigeant figurent l’exécution de près de 250 personnes par des agents de l’Etat, des disparitions forcées, des viols, des actes de torture, des détentions arbitraires.
Le fantasque tyran se voit également accusé d’avoir fait administrer de force un faux traitement contre le sida.
Reste qu’une éventuelle extradition de l’ancien satrape gambien vers son pays serait une remise en cause de l’accord ayant permis son départ du pouvoir et évité une prolongation de la crise.
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