Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la Transition du Gabon, est en séjour en France, jusqu’à dimanche. Le dirigeant effectue une visite de travail de cinq jours avec pour objectif de relancer le partenariat bilatéral.
C’est son premier voyage dans l’Hexagone depuis sa prise de pouvoir après avoir renversé le Président Ali Bongo Ondimba. L’homme qui dirige le Gabon, depuis le 30 août 2023, est arrivé en France, hier mardi. Ce mercredi, Brice Clotaire Oligui Nguema prononcera le discours de clôture du forum économique France-Gabon. Libreville, à travers ces travaux, compte décrocher des partenariats en vue de s’assurer des investissements. Parmi les secteurs visés, celui des infrastructures.
Dans la grande famille des putschistes ayant pris le pouvoir en Afrique francophone ces dernières années, Brice Oligui Nguema, 49 ans, tient une place à part aux yeux de Paris. A l’inverse des militaires à la tête du Mali, du Burkina Faso et du Niger, avec lesquelles les relations diplomatiques sont exécrables, le président de la transition du Gabon est un homme jugé fréquentable. 
Vendredi, le président de la Transition gabonaise rencontrera le chef de l’État français, Emmanuel Macron, à l’Élysée. Les deux dirigeants évoqueront plusieurs sujets, notamment le soutien de Paris à la Transition et la présence militaire française en Afrique de manière générale, particulièrement au Gabon. La France compte 370 militaires déployés au Gabon. Il s’agit des Éléments Français au Gabon. Le second pôle opérationnel de coopération français sur la façade ouest-africaine. L’autre pôle étant celui des éléments français au Sénégal (EFS).
L’accueil, comme un président « normal », de ce putschiste s’inscrit dans la droite ligne du traitement particulier que la France lui a réservé depuis sa prise de pouvoir, le 30 août 2023. Après la condamnation d’usage du coup d’Etat survenu quelques heures seulement après la réélection contestée d’Ali Bongo, Paris n’a prôné l’imposition d’aucune sanction, contrairement à sa ligne à l’encontre de pays du Sahel, notamment envers le Niger, où le président Mohamed Bazoum avait été renversé un mois plus tôt. Réciproquement, le nouveau président gabonais n’a jamais été virulent à l’égard de l’ancienne puissance coloniale. Dès le mois de décembre, MM. Macron et Oligui s’étaient d’ailleurs entretenus, en marge de la COP28, à Dubai.
Paris réfute d’avance l’accusation d’un « deux poids, deux mesures », et souligne les différences entre les situations sahéliennes et gabonaise. « Tous les putschistes ne se valent pas », explique un élu français. « Depuis le 30 août, aucun drapeau tricolore n’a été brûlé au Gabon. Par ailleurs, il y a une différence de taille chez cette junte : elle s’est engagée à respecter le calendrier de la transition et avance très vite. Le dialogue national inclusif s’est tenu. Les travaux sur la Constitution sont en cours. Le président Oligui est un homme méthodique. Il fait ce qu’il dit et tient ses promesses. »
A travers cette visite, Brice Clotaire Oligui Nguema compte se démarquer des autres régimes militaires en Afrique. Notamment le Niger, le Burkina Faso et le Mali qui, en plus de s’être coalisés, ont fini de faire de Paris tout sauf leur allié. Aujourd’hui, il est dans les intérêts français de conserver un partenaire fiable en Afrique centrale. Sur ce point, Paris et Libreville semblent en phase. Lors de sa visite, le Gabonais a prévu une rencontre avec la diaspora, samedi.
Brice Clotaire Oligui Nguema bouclera son séjour par une visite mémorielle, dimanche, en Picardie, au Nord de Paris. Le dirigeant gabonais rendra un hommage aux tirailleurs qui ont été faits prisonniers et assassinés par les nazis, à Airaines. Une exécution faite en juin 1940, alors que ces Gabonais avaient à leur tête le capitaine Charles N’Tchoréré. Cette visite en France intervient alors que l’ex-dirigeant gabonais Ali Bongo Ondimba refuse d’endosser toute la responsabilité de sa gestion des affaires.
Par Guylain Gustave Moke
Analyste Géopolitique/Politique