Le ministre algérien des Affaires étrangères a déclaré en conférence de presse, ce mardi 24 août 2021, que le Maroc se prêtait à des « actions hostiles » envers son pays. Alger annonce la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec Rabat.
« L’Algérie a décidé de rompre les relations diplomatiques avec le Royaume du Maroc à partir de ce jour », a-t-on appris ce mardi par l’intermédiaire du chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, lors d’une conférence de presse. Le Maroc n’a pas tardé à réagir, regrettant dans un communiqué une décision « complètement injustifiée » et rejetant « les prétextes fallacieux, voire absurdes, qui la sous-tendent ».
Le ministre algérien des Affaires étrangères a justifié le choix de son gouvernement par le fait que « l’histoire avait montré que le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de mener des actions hostiles à l’encontre de l’Algérie » (voir encadré en bas de l’article).
Selon lui, les dirigeants du Royaume marocain, limitrophe de la République algérienne, portent « la responsabilité des crises répétées, qui se sont aggravées » et provoquent, dit-il, « le conflit au lieu de l’intégration » dans tout le Maghreb.
Le chef de la diplomatie algérienne accuse le Maroc d’avoir espionné des responsables algériens et d’avoir failli à ses obligations bilatérales, entre autres concernant le Sahara occidental, où Alger soutient le Front Polisario.
Et de promettre une « intensification des contrôles sécuritaires aux frontières ouest », qui sont fermées depuis 1994. Les relations entre le Maroc et l’Algérie sont tendues depuis des décennies, principalement en raison de la situation au Sahara occidental.
L’Algérie avait accusé aussi la semaine dernière son voisin d’être lié aux incendies meurtriers qui ont ravagé son territoire. Dans un communiqué, Alger dénonce « les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie ».
Aux yeux d’Alger, ces feux dévastateurs sont criminels, le fait de groupes qualifiés de terroristes. Les autorités algériennes pointent du doigt le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, une organisation considérée comme terroriste en Algérie, et qui recevrait, selon la présidence algérienne, le soutien du Maroc.
« Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie, ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières ouest », avait indiqué un communiqué de la présidence algérienne. La frontière entre l’Algérie et le Maroc est officiellement fermée depuis le 16 août 1994.
Cette décision a été prise lors d’une réunion extraordinaire du Haut conseil de sécurité algérien, présidée par le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune et consacrée à l’évaluation de la situation après les gigantesques feux de forêt qui ont fait au moins 90 morts dans le nord du pays.
Selon le président Tebboune, la plupart de ces incendies étaient d’origine « criminelle » – sans que ne soit présentée jusqu’à présent la moindre preuve. L’enquête a permis de « découvrir qu’un réseau criminel, classé comme organisation terroriste », est derrière les incendies, « de l’aveu de ses membres arrêtés », selon la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN).
Au-delà des pertes humaines et matérielles, et des carences des pouvoirs publics mises en lumière lors de ces incendies, les Algériens ont été profondément choqués par le lynchage et l’immolation d’un homme accusé à tort de pyromanie en Kabylie, région berbérophone du nord-est du pays ravagée par les feux. Soixante-et-un suspects ont été arrêtés depuis le meurtre de Djamel Ben Ismaïl le 11 août. 
Les dirigeants algériens ont accusé le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation indépendantiste, d’être responsable des incendies et de la mort ignominieuse du jeune homme. Certains des suspects arrêtés ont confessé appartenir au MAK, selon des aveux filmés et diffusés par les télévisions algériennes.
« Le Haut conseil de sécurité a décidé (…) d’intensifier les efforts des services de sécurité pour l’arrestation du reste des individus impliqués dans les deux crimes, ainsi que tous les membres des deux mouvements terroristes qui menacent la sécurité publique et l’unité nationale, jusqu’à leur éradication totale, notamment le ‘MAK’ qui reçoit le soutien et l’aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l’entité sioniste [Israël, NDLR] », selon la présidence algérienne.
Alger a également mis en cause le mouvement islamo-conservateur Rachad établi à Londres. Ces deux mouvements, bêtes noires du pouvoir algérien, sont illégaux en Algérie où ils ont été classés comme « organisations terroristes » le 18 mai dernier. « Assisterons-nous à une chasse à l’homme ? La Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH) appelle à la retenue, la clairvoyance et la sagesse », s’est inquiété le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi.
Cet épisode consacre une nouvelle dégradation des relations conflictuelles entre Alger et Rabat. Il y a un mois, jour pour jour, Alger rappelait son ambassadeur à Rabat pour « consultations avec effet immédiat » à la suite de tensions diplomatiques entre les deux pays maghrébins occasionnées par le contentieux du Sahara occidental.
Ce rappel a fait suite à « la dérive de la représentation diplomatique marocaine à New York qui a distribué une note officielle aux pays membres du mouvement des non-alignés dans laquelle le Maroc ‘soutient publiquement et explicitement un prétendu droit à l’autodétermination du peuple kabyle' », avait expliqué le ministère algérien des Affaires étrangères.
Durant une réunion du mouvement des non-alignés les 13 et 14 juillet à New York, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, avait fait passer une note dans laquelle il estimait que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ».
Une ligne rouge pour Alger qui s’oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est de l’Algérie. Le diplomate marocain avait alors exprimé son soutien au séparatisme kabyle en réaction à l’appui apporté par Alger aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario qui combattent le Maroc.
Traditionnellement difficiles, les relations entre l’Algérie et son voisin marocain ont connu une récente dégradation en raison de l’épineux dossier du Sahara occidental.
Et la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël – en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la « souveraineté » marocaine sur ce territoire – a encore avivé les tensions avec l’Algérie qui a dénoncé des « manoeuvres étrangères » visant à la déstabiliser. De son côté, le Maroc considère l’Algérie comme « une partie prenante réelle du conflit » au Sahara occidental.
La rupture des relations diplomatiques est entrée dans les faits aussitôt. Mais les consulats dans les deux pays resteront ouverts, a précisé M. Lamamra. Mais cette décision est aussi la marque d’un durcissement politique et d’une certaine fébrilité en Algérie.
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