USA President Donald J Trump
Exercice militaire d’envergure, African Lion 25 change la politique sécuritaire américaine sur le continent. Finie l’approche globale alliant gouvernance et développement : les États-Unis appellent désormais leurs alliés africains à prendre seuls en main leur sécurité. Un repositionnement révélateur, alors que la compétition géopolitique avec la Chine et la Russie s’intensifie en Afrique.
Le ton a changé. À l’occasion de l’African Lion 25, le plus grand exercice militaire conjoint en Afrique, les États-Unis ont modifié leur approche de coopération militaire sur le continent.
Fini les grands discours sur la bonne gouvernance, les causes profondes des insurrections et l’approche globale alliant diplomatie, développement et défense. Place à un nouveau mot d’ordre : autonomie opérationnelle des partenaires africains. Un changement de cap révélateur de l’évolution des priorités stratégiques américaines et de la reconfiguration des équilibres géopolitiques en Afrique.
Durant les quatre semaines d’African Lion 25, plus de 10 000 soldats issus de 40 pays ont simulé des conflits terrestres, aériens et maritimes, déployé des drones, et utilisé des technologies de guerre de pointe dans le désert. Mais derrière la répétition des manœuvres, c’est le discours officiel qui a évolué.

Le général Michael Langley, chef du Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), a clairement affirmé la nouvelle orientation : les alliés africains doivent se préparer à assumer seuls une plus grande part de leur sécurité.
Cette redéfinition du partenariat militaire traduit un désengagement progressif de Washington, qui souhaite désormais un “partage du fardeau” face aux menaces sécuritaires croissantes sur le continent.
Jusqu’ici, la coopération sécuritaire américaine reposait sur une vision holistique : combattre l’instabilité en s’attaquant aux racines des conflits — pauvreté, mauvaise gouvernance, changement climatique, insécurité alimentaire — et non pas uniquement à ses symptômes. Cette approche multilatérale distinguait les États-Unis de leurs concurrents, notamment la Chine et la Russie.
Aujourd’hui, ce discours de la bonne gouvernance et du développement intégré est relégué au second plan. “Protéger la patrie” devient la priorité, confesse Langley, qui laisse entendre que les engagements extérieurs, notamment en Afrique, doivent dorénavant être plus rentables et partagés.
Cette évolution du discours américain intervient alors que la situation sécuritaire se dégrade rapidement sur le continent. Le Sahel, déstabilisé par des régimes militaires, est devenu l’épicentre du terrorisme mondial, concentrant plus de la moitié des victimes en 2024, selon l’Institute for Economics and Peace. En Somalie, malgré l’appui des frappes aériennes américaines, l’armée nationale reste fragile et incapable de sécuriser durablement le territoire.
Face à cette réalité, l’idée que les États africains puissent seuls affronter ces menaces paraît utopique. Le manque d’équipement, de formations, de renseignements et de moyens aériens constitue un frein majeur. Le retrait progressif de l’Occident, sous contrainte ou sous pression politique locale, laisse un vide que comblent déjà les groupes armés et les puissances rivales.
En toile de fond, la recomposition géopolitique du continent africain s’accélère. La Russie, via des groupes paramilitaires, et la Chine, à travers des programmes de formation militaire, renforcent leur présence dans plusieurs régions. Le recul stratégique américain pourrait donc ouvrir un boulevard à ces puissances, qui entendent asseoir leur influence sécuritaire, économique et politique.
La posture actuelle des États-Unis, moins idéologique et plus transactionnelle, semble s’inscrire dans une logique de court terme, quitte à compromettre les alliances traditionnelles construites sur des valeurs de stabilité et de coopération à long terme.
Par Guylain Gustave Moke