Lorsqu’il s’agit de justifier la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, Donald Trump aime convoquer la doctrine Monroe, ciment de la diplomatie américaine interventionniste du XIXe siècle. Le 6 janvier, il est même allé plus loin, déclarant aux journalistes qu’«il est important de [l]e satisfaire», un message destiné aux nations étrangères.
L’homme fort de Caracas en a d’ailleurs payé un prix élevé: arrachés au milieu de la nuit du 3 janvier dans leur complexe de la capitale vénézuélienne, Nicolás Maduro et la Première dame Cilia Flores sont depuis incarcérés dans le centre de détention de Brooklyn, à New York, accusés de trafic de drogue. Leur audience devant la justice est prévue le 17 mars.
Si, à l’échelle internationale, les réactions face à cet enlèvement sont restées globalement prudentes et calibrées, un continent se démarque. L’Afrique condamne fermement un comportement violant le droit international. Lundi 5 janvier, l’envoyé sud-africain à l’ONU a tiré la sonnette d’alarme: «De telles actions laissées impunies risquent de nous faire régresser vers un monde antérieur aux Nations unies, un monde qui nous a donné deux guerres mondiales brutales et un système international en proie à une grave instabilité structurelle et à l’anarchie.»
L’Union africaine –qui regroupe 54 États– et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (15 membres) ont également condamné catégoriquement la diplomatie de l’administration Trump. Le président ougandais Yoweri Museveni a même affirmé qu’en cas d’attaque des forces américaines dans son pays, ses hommes «pourront les vaincre» –un virage à 180 degrés par rapport à 2018 lorsqu’il saluait la «franchise» de son homologue américain, comme le rappelle le média Politico.

En Europe, les réponses sont plus ténues. Craignant une rupture avec Washington, le Premier ministre britannique Keir Starmer a attendu seize heures après l’arrestation de Nicolás Maduro pour déclarer: «Nous ne versons aucune larme sur la fin de son régime», tout en rappelant l’importance du respect du droit international. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a affirmé sans ambages que ce n’était pas le moment de discuter des méthodes musclées de Donald Trump, une position partagée par le chancelier allemand Friedrich Merz. En France, le président Emmanuel Macron a réagi sur X, soutenant que «le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir». Une réaction passablement critiquée dans les rangs politiques.
Reste une question centrale: pourquoi les dirigeants africains assument-ils leur opposition nette alors que l’Europe s’abrite derrière la retenue diplomatique? Certainement parce qu’ils ont moins à perdre. Les Vingt-Sept nourrissent toujours l’espoir d’éviter une rupture de l’alliance transatlantique, en particulier face aux convoitises américaines sur le Groenland. Ils comptent également sur le soutien de la première puissance mondiale pour les garanties de sécurité en Ukraine, jugées nécessaires pour mettre fin à la guerre.
Avec les coupes drastiques déjà mises en œuvre par Trump dans les fonds américains destinés au développement de l’Afrique, l’influence de Washington n’est plus aussi forte qu’auparavant.Les États-Unis n’accordent pas vraiment beaucoup d’importance à l’Afrique, à l’exception de la République démocratique du Congo, où ils ont des intérêts évidents en matière de minéraux essentiels.
De son côté, le président Donald Trump ne ménage pas les États du deuxième continent le plus peuplé. Lors de son premier mandat, il a qualifié les nations africaines de «pays de merde». Depuis, les mesures concernant les interdictions de voyager et les droits de douane élevés ont essaimé. Le démantèlement partiel de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a porté un coup supplémentaire aux relations bilatérales américano-africaines, supprimant une aide humanitaire essentielle à des millions de civils.
L’enlèvement de Nicolás Maduro ravive le souvenir du colonialisme en Afrique. Il ne s’agit pas seulement de solidarité, mais aussi de défendre les règles qui limitent la manière dont les États puissants peuvent utiliser la force contre les plus vulnérables. Les pays africains considèrent la décision de Donald Trump comme une véritable menace contre le droit international et les normes qui garantissent la souveraineté des petites nations.
Il y a aussi un élément d’instinct de conservation qui entre en jeu, car certains dirigeants africains présentent des similitudes avec le gouvernement Maduro. Certains gouvernements africains s’inquiètent désormais de figurer parmi les suivants sur la liste, même si le locataire de la Maison-Blanche évoque pour l’instant d’autres nations comme la Colombie, Cuba, le Groenland ou encore le Mexique.
Les États africains s’unissent ainsi pour éviter que la capture du président vénézuélien ne devienne un précédent dans les relations internationales.
Par Guylain Gustave Moke