Le temps passe, mais certains noms refusent de disparaître des mémoires. Thomas Sankara est de ceux-là. Trente-neuf ans après son assassinat, le 15 octobre 1987, l’ancien Président burkinabè continue de nourrir les discussions. Pour de nombreux Africains, il reste le symbole d’un pouvoir qui voulait faire autrement.
Le jeudi 15 octobre, le Burkina Faso commémore le 39ᵉ anniversaire de l’assassinat de Thomas Isidore Noël Sankara. La date marque aussi le premier anniversaire du cérémonial mensuel d’hommage militaire instauré le 15 octobre 2025 par le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition. Il se tient depuis chaque premier jeudi du mois, à 15h15, en référence à la date du drame.
Sur le site de l’ancien Conseil de l’Entente, à Ouagadougou, là où Thomas Sankara et douze de ses compagnons ont été assassinés, le mémorial qui porte son nom donne une présence concrète à cette mémoire. La statue du capitaine, le poing levé, rappelle le destin brutal de ce dirigeant qui n’aura passé que quatre ans à la tête du Burkina Faso, de 1983 à 1987.
En avril 2022, au terme d’un procès ouvert 34 ans après les faits, le tribunal militaire de Ouagadougou a condamné par contumace à la prison à vie Blaise Compaoré, son ancien compagnon d’armes devenu son successeur. Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando, et le général Gilbert Diendéré ont reçu la même peine
Le lieu se veut un espace d’éducation, de recherche et de transmission. Le 5 mars 2026, lors du 5ᵉ acte du cérémonial mensuel d’hommage militaire au héros national, 1 000 élèves (600 du primaire et 400 du secondaire) y ont été accueillis en une journée pour découvrir l’histoire de la révolution burkinabè. Ainsi,cette mémoire continue d’être transmise aux générations qui n’ont pas connu Sankara.
Inauguré en mai 2025, le mémorial a déjà reçu plus de 180 000 visiteurs, selon le ministre de la Communication, Gilbert Ouédraogo. Lors du 10ᵉ cérémonial, le gouvernement a annoncé la construction d’un vaste complexe mémoriel, estimé à 117 milliards de francs CFA (près de 180 millions d’euros), dont les travaux doivent commencer en janvier 2027. La souscription « Ma brique pour Sankara » appelle les citoyens à contribuer au financement des infrastructures. 
L’aura du père de la révolution burkinabè dépasse le seul cadre du Faso. Elle s’étend à toute l’Afrique qui revendique l’héritage du sémillant capitaine.
Quarante ans avant que l’écologie ne s’impose dans les agendas politiques mondiaux, un jeune capitaine burkinabè révolutionnait déjà la pensée environnementale africaine. Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987, incarnait une vision précurseure qui reliait indépendance politique, justice sociale et régénération écologique dans un projet de société d’une modernité saisissante.
En octobre 1984, moins d’un an après son arrivée au pouvoir, Sankara lance une campagne de reforestation d’une ampleur inédite. Villages, écoles, casernes, administrations : tout le pays se mobilise dans un élan collectif qui aboutira à la plantation de près de dix millions d’arbres en quinze mois, certains bilans évoquant même 10,5 millions de plants mis en terre.
L’assassinat de Sankara en octobre 1987 interrompt brutalement cette expérience unique, et nombre de ses conquêtes sont démantelées par ses successeurs. Pourtant, l’idée qu’un développement authentique doit être à la fois socialement juste et écologiquement régénératif continue de cheminer bien au-delà des frontières burkinabè.
Par Guylain Gustave Moke