Les condamnations s’accumulent pour plusieurs responsables du parti islamiste Ennahda, dont son chef, Rached Ghannouchi, déjà incarcéré. Accusé d’avoir monté un « appareil sécuritaire secret » au service du parti, qui a dominé la politique tunisienne pendant plus d’une décennie à partir de 2011, Rached Ghannouchi a été condamné, mardi 2 juin, à la prison à vie, peine à laquelle s’ajoutent trente ans de prison supplémentaires, selon les médias locaux, Ennahda ayant confirmé.
Selon les mêmes accusations, l’ancien officier de l’armée Kamel Ben Bedoui a, lui, été condamné à de la perpétuité plus trente-deux ans.
L’ex-premier ministre Ali Larayedh, détenu depuis 2022 et poursuivi dans une autre affaire liée au djihadisme, a été condamné à quarante-deux ans de prison.
Rached Ghannouchi, 84 ans, a été arrêté en 2023. Avant mardi, il avait déjà été condamné à plus de quarante ans de prison en plusieurs fois, notamment pour « complot contre la sûreté de l’Etat ». Après le dernier verdict, il a estimé que son jugement « manquait des conditions de justice les plus élémentaires ». 
Depuis le coup de force du président, Kaïs Saïed, du 25 juillet 2021, par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs, opposition et société civile déplorent un recul des droits et libertés dans le pays qui fut le berceau des « printemps arabes » en 2011.
Depuis, il a démantelé le régime parlementaire mis en place au lendemain de la révolution de 2011 pour lui substituer un régime hyperprésidentialiste concentrant entre ses mains l’essentiel du pouvoir. L’offensive contre Ennahda, qui avait joué un rôle central dans les coalitions gouvernementales post-2011, en est l’illustration la plus spectaculaire.
Le 12 mai, la cour d’appel de Tunis a notamment confirmé la condamnation à trois ans et demi de prison de Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l’ONG Reporters sans frontières comme « du harcèlement judiciaire ».
Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Saïed. Alors qu’ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.
Depuis le 25 juillet 2021 et la suspension des activités du Parlement par Kaïs Saïed, Rached Ghannouchi a régulièrement comparu devant le juge d’instruction pour plusieurs affaires liées à des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent. Il est en outre accusé de terrorisme dans le cadre d’une affaire d’envoi présumé de djihadistes tunisiens en Syrie et en Irak. Plusieurs anciens ministres et cadres d’Ennahda sont déjà emprisonnés, faisant l’objet d’accusations similaires.
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