Au Sénégal, la séparation entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko s’est matérialisée à travers une série d’événements survenus fin mai 2026. L’ex-chef du gouvernement a livré publiquement sa version des faits, revenant sur les circonstances de son départ, les échanges avec le chef de l’État et les désaccords liés à la formation du nouveau gouvernement.
Le différend entre le président de la République du Sénégal et son ancien Premier ministre s’est cristallisé à la suite d’un entretien intervenu après le passage d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, le vendredi 25 mai. Selon ses déclarations, le chef de l’État lui a indiqué qu’il devenait difficile de poursuivre leur collaboration, évoquant des tensions liées à ses prises de parole à l’hémicycle.
Ousmane Sonko affirme que la décision lui a été signifiée à l’issue de cet entretien. Il indique que la discussion s’est déroulée dans un cadre habituel avant que le Président n’évoque les difficultés liées à la poursuite de leur collaboration au sein de l’Exécutif. L’ancien Premier ministre soutient avoir, à plusieurs reprises, proposé de quitter ses fonctions après les élections législatives. Il précise avoir formulé cette option lors de trois rencontres avec le chef de l’État, en présence de témoins, en suggérant un retour à l’Assemblée nationale si sa présence constituait un obstacle. 
Selon Ousmane Sonko, des signes de tensions étaient perceptibles depuis plusieurs semaines. Il indique avoir alerté le président sur ces difficultés, évoquant une dégradation progressive des relations au sommet de l’État. Il affirme également que, lors de leur dernier échange, aucune modalité précise de séparation n’a été discutée. Non sans préciser que le président souhaitait qu’il présente publiquement la rupture comme consensuelle, une proposition qu’il dit avoir refusée.
Face à la situation, l’ancien chef du gouvernement indique avoir soumis deux options : soit son départ volontaire avec un retour à l’Assemblée nationale, soit la poursuite des discussions afin de trouver une solution. Il ajoute avoir estimé que, dans le cas contraire, il revenait au président de la République de prendre la décision de mettre fin à ses fonctions. Selon son récit, le chef de l’État avait indiqué vouloir poursuivre les discussions après une visite à l’Archevêque de Dakar dans le cadre de la Pentecôte.
Ousmane Sonko affirme avoir finalement été informé de son départ par un message reçu à 20h35. Il indique avoir pris acte de cette décision sans qu’un nouvel échange direct n’ait eu lieu. Il précise avoir découvert, environ quinze minutes plus tard, l’annonce officielle de son limogeage par le Secrétaire général de la Présidence. À la suite de cette annonce, il indique avoir quitté la Primature.
L’ancien Premier ministre est également revenu sur le processus de mise en place du nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lo. Il évoque des désaccords concernant les consultations menées pour former la nouvelle équipe. Selon lui, plusieurs ministres sortants ont été contactés individuellement par le chef de l’État. Il estime que cette méthode ne respecte pas le fonctionnement du parti Pastef, qui dispose d’instances dirigeantes chargées de coordonner ce type de démarches.
Ousmane Sonko considère que ces consultations directes visaient à contourner les structures du parti. Il affirme que certains responsables ont refusé de participer à ces échanges en l’absence de cadre collectif. Il indique également avoir demandé au Président de privilégier des discussions avec les instances du parti. Selon lui, cette demande n’a pas été suivie, malgré des recommandations formulées par des ministres sortants auprès du nouveau Premier ministre.
L’ancien chef du gouvernement évoque également des divergences sur le poids politique au sein du parti. Il rapporte une discussion au cours de laquelle le président aurait affirmé être le plus représentatif de la formation politique. Il affirme avoir contesté cette affirmation lors d’un échange direct, en évoquant la capacité de mobilisation au sein du parti. Ces éléments s’inscrivent, selon ses déclarations, dans un contexte de tensions internes croissantes.
Ousmane Sonko indique qu’une rencontre avec le président de la République a finalement eu lieu après une médiation impliquant notamment le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo. Selon son récit, cette réunion a été organisée à la suite d’un message envoyé par le chef de l’État. L’ancien Premier ministre précise avoir répondu qu’il ne pouvait se rendre immédiatement au Palais, mais qu’il serait disponible le lendemain matin. La rencontre s’est tenue le jour suivant, marquant l’un des derniers échanges entre les deux responsables.
AfriqueDiplo