Incumbent President Denis Sassou Nguesso holds up his ballot before casting it at a polling station in Brazzaville, Republic of Congo, March 21, 2021. REUTERS/Olivia Acland
Les Congolais de la République du Congo se sont rendus aux urnes ce dimanche 15 mars dans le cadre d’une élection présidentielle largement perçue comme une formalité destinée à prolonger de cinq ans le règne de Denis Sassou Nguesso, 82 ans. Mais c’est dans un silence numérique complet que le vote s’est déroulé : l’organisation de surveillance NetBlocks a confirmé une coupure internet généralisée sur l’ensemble du territoire congolais.
Les Congolais et ses pairs africains le surnomment « l’éléphant », « l’empereur » ou encore « le patriarche », tant les dizaines d’années passées à la tête du Congo – près de quarante-deux ans en cumulé – font aujourd’hui de lui l’un des plus vieux, et donc indéboulonnables, chefs d’Etat du continent africain. Le général Denis Sassou Nguesso, 82 ans, brigue un cinquième mandat consécutif lors de l’élection présidentielle qui se tient dimanche 15 mars.
En 2016 aussi, un black-out similaire avait été mis en œuvre par les autorités lors du scrutin présidentiel. La répétition de cette pratique à chaque échéance électorale majeure conforte les critiques de l’opposition et des organisations de défense des droits numériques, qui y voient un outil de contrôle du flux d’informations en période sensible.
Face à lui, six candidats chargés de donner un vernis au scrutin. Les opposants historiques, eux, sont aux abonnés absents : André Okombi Salissa et Jean-Marie Michel Mokoko purgent des peines de vingt ans de prison après leurs condamnations, en 2019 et 2018, pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».
En juin 2025, le ministère de l’Intérieur a suspendu quinze partis d’opposition, dont plusieurs envisageaient de former une coalition pour contester le scrutin. En mai 2025, le leader des Socialistes congolais, Lassy Mbouity, candidat déclaré, a été enlevé par des hommes masqués et retrouvé torturé plusieurs jours plus tard.
Deux partis majeurs ont appelé au boycott, dénonçant des pratiques électorales inéquitables. Remadji Hoinathy, de l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Pretoria, résumait la situation en soulignant que l’opposition était fragmentée et dépourvue de figure emblématique, et que la lassitude des électeurs n’affecterait pas les chances du président sortant.
Malgré des accusations de fraude répétées à chaque scrutin depuis vingt ans, Denis Sassou Nguesso, issu de l’ethnie minoritaire mbochi et élevé dans une famille de chasseurs du centre du pays, conserve le pouvoir. 
Le scrutin s’est déroulé dans un contexte de domination politique du président sortant Denis Sassou-Nguesso, candidat à un cinquième mandat. Face à lui, une opposition divisée peine à s’imposer dans le débat électoral.
Dans les rues de Brazzaville, le paysage urbain est saturé par les effigies du président sortant, Denis Sassou-Nguesso, illustrant un décalage de moyens frappant avec ses concurrents. À 82 ans, celui que ses partisans surnomment le « bâtisseur infatigable » brigue un cinquième mandat consécutif, fort d’une présence au sommet de l’État qui cumule désormais quarante-deux années.
Plus de 3,2 millions de Congolais étaient inscrits sur les listes électorales, mais les analystes et les organisations de la société civile anticipaient un taux de participation inférieur aux 68 % enregistrés en 2021, lorsque Sassou Nguesso avait obtenu 88,4 % des suffrages. Les bureaux de vote ont ouvert à 7 heures (06h00 GMT) et devaient fermer à 18 heures (17h00 GMT).
Pour ce scrutin, sept candidats sont officiellement en lice. Face au chef de l’État, six adversaires tentent de bousculer l’ordre établi, bien que l’opinion publique peine à leur accorder un poids politique significatif. Parmi eux, trois novices font leurs premiers pas dans l’arène présidentielle : l’ingénieur pétrolier Destin Gavet, benjamin de l’élection à 35 ans, l’universitaire Vivien Manangou et l’inspecteur des douanes à la retraite Mabio Mavoungou Zinga.
Les trois autres candidats malheureux des précédentes consultations, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, Anguios Nganguia Engambé et Dave Mafoula, retentent leur chance malgré des scores historiquement inférieurs à 1 %. Cette fragmentation de l’offre politique, couplée à l’absence de consignes de vote des grands partis d’opposition comme l’UPADS et l’UDH-Yuki, renforce l’impression d’une voie royale pour le candidat du Parti congolais du travail (PCT).
Si le camp présidentiel défend un bilan jugé positif, la réalité quotidienne des 5,7 millions de Congolais est marquée par des contrastes saisissants. Malgré d’importantes réserves pétrolières, le pays traverse une zone de turbulences économiques avec une dette extérieure atteignant 94,5 % du PIB.
Le chômage galopant touche particulièrement une jeunesse qui représente près de la moitié de la population. Dans les centres urbains comme dans l’arrière-pays, les pénuries d’eau potable et les coupures d’électricité incessantes alimentent un sentiment de découragement, tandis que plus de la moitié des habitants vit sous le seuil de pauvreté.
Le déroulement du vote suscite également des interrogations au sein de la société civile. De nombreuses organisations n’ont pas obtenu les accréditations nécessaires pour superviser les opérations dans les bureaux de vote, qui ont fermé à 19 heures. Cette situation fait craindre à certains acteurs une élection à huis clos, alors que le pays s’inscrit dans une tendance continentale où des dirigeants historiques maintiennent leur position sur la durée.
En tant que troisième président africain à la plus longue longévité au pouvoir, Denis Sassou-Nguesso joue aujourd’hui une nouvelle partition de sa longue carrière politique, dans un climat où l’abstention pourrait être le premier adversaire du jour.
Troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne et producteur de gaz naturel liquéfié (GNL), la République du Congo est aussi l’un des pays les plus engagé dans la préservation de l’environnement.
Sassou Nguesso a fait campagne sur la continuité, promettant d’accélérer les projets de développement et d’élargir l’accès à l’éducation. Mais 52 % des 6,1 millions de Congolais vivent dans la pauvreté, selon la Banque mondiale. Le chômage des jeunes avoisine les 40 %, dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans, constituant une bombe à retardement sociale que la rente pétrolière ne parvient pas à désamorcer.
La dette publique envers la Chine est estimée à 3,2 milliards de dollars, fruit de décennies de financements adossés aux ressources en hydrocarbures et en bois et la Russie détient une participation de 90 % dans l’oléoduc Pointe-Noire–Makoulou Pichot.
Au pouvoir depuis 1997, le président du Congo-Brazzaville brigue, dimanche 15 mars, un cinquième mandat consécutif. Malgré la corruption et l’autoritarisme du régime, il reste un acteur incontournable sur le continent.
AfriqueDiplo