Depuis le 28 janvier, Parole Kamizelo fait face à ses juges devant un tribunal de Kinshasa. Connu dans la capitale congolaise pour son verbe haut, ce membre d’une formation politique d’opposition est jugé pour diffusion de fausses nouvelles et outrage au chef de l’Etat.
S’il n’est pas le seul à subir les foudres du régime de Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC) depuis 2019, son dossier est le premier à exposer – au moins en partie – les dérapages attribués au Conseil national de cyberdéfense (CNC) placé sous l’autorité de la présidence et soupçonné d’outrepasser ses attributions légales en usant de méthodes expéditives.
Le CNC semble en effet avoir dévié de ses objectifs initiaux pour servir des intérêts politiques. Une communication gouvernementale datée du 14 septembre 2023 informait que le Conseil est chargé « de coordonner tous les services en rapport avec la cyberdéfense et le renseignement afin de prévenir et [de] contrer les attaques cybernétiques ». Parole Kamizelo n’entre pas dans ce cadre. 
Ses ennuis judiciaires remontent au 4 décembre 2025, le jour de la signature à Washington d’un accord de paix censé régler le conflit entre la RDC et le Rwanda qui ravage l’est de la RDC. Sur des plateformes numériques, l’opposant s’indigne de cet accord.
Dans une correspondance adressée au président du tribunal, l’opposant, actuellement détenu, affirme que les audiences des 28 janvier et 4 février 2026 ont mis en lumière des manquements aux garanties constitutionnelles du procès équitable. Selon lui, la juridiction a fait preuve de partialité manifeste, d’un préjugé défavorable et d’un défaut de protection du prévenu.
Avant d’engager formellement la procédure de récusation, Parole Kamizelo met la Chambre en demeure de se déporter volontairement, estimant qu’un tel geste serait conforme à l’intérêt supérieur de la justice. À défaut, il exercera, dès la prochaine audience, son droit légal de récusation.
Parmi les motifs avancés, il cite la présence persistante, au sein du ministère public, d’une magistrate l’ayant verbalisé dans un cadre jugé illégal au Conseil national de cyberdéfense (CNC), ainsi que la tolérance par la juridiction de l’exploitation de procès-verbaux contestés, malgré la demande formelle de la défense pour leur exclusion. Il dénonce également un climat d’intimidation, marqué par la présence massive d’agents du CNC, et le silence de la présidence face à des propos du ministère public assimilant son appartenance politique au PPRD à un élément de culpabilité.
Placé sous l’autorité de la présidence congolaise, le CNC est soupçonné d’outrepasser ses attributions légales en usant de méthodes expéditives, telles que les enlèvements et les détentions arbitraires.