Le résultat faisait si peu de doutes que Faustin-Archange Touadéra en avait fait son principal slogan de campagne : « Premier tour K.-O. ! » Une façon de ramener ses adversaires à leur insignifiance et d’annoncer que seule une victoire dès le premier tour de l’élection présidentielle centrafricaine organisée le 28 décembre pouvait être considérée comme une hypothèse sérieuse.
La prédiction est désormais confirmée par la publication, dans la nuit de lundi 5 à mardi 6 janvier, des premiers résultats officiels. Ceux-ci donnent le président sortant, au pouvoir depuis 2016, vainqueur du scrutin avec 76,15 % des voix. Son principal rival, Anicet-Georges Dologuélé, est crédité de 14,66 %.
Ces chiffres portent sur près de 85 % des bulletins, mais ils sont suffisants pour que l’Autorité nationale des élections (ANE) considère M. Touadéra, 68 ans, comme « élu » pour un nouveau mandat de sept ans. Les résultats définitifs, ainsi que les ceux des scrutins législatifs, régionaux et municipaux qui se sont tenus le même jour, seront proclamés mi-janvier.
Le camp présidentiel avait anticipé cette annonce en revendiquant la victoire dès lundi et en enjoignant ses partisans à sortir dans la rue « quartier par quartier, village par village », une fois les résultats connus. Cet appel, lancé officiellement « afin de célébrer le verdict des urnes », ressemble fort à une tentative d’appuyer, par une démonstration de force, un résultat déjà contesté. La publication des résultats au cœur de la nuit est un autre indicateur de cette prudence. 
Dans les jours suivant l’élection, Anicet-Georges Dologuélé, opposant historique à M. Touadéra, avait dénoncé des irrégularités importantes, ainsi que des tentatives de « manipulation des résultats ». Le 2 janvier, M. Dologuélé franchissait un pas supplémentaire en se proclamant, lors d’une conférence de presse, vainqueur de l’élection.
« Les chiffres dont nous disposons sont clairs, constants et convergents : le candidat du MCU [Mouvement cœurs unis, le parti au pouvoir] est en chute libre dans 17 des 20 préfectures du pays et en net recul à Bangui. Cela veut dire que j’ai gagné ces élections », affirmait à cette occasion l’opposant.
Anicet-Georges Dologuélé, arrivé deuxième avec 14,66 % des voix et Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre crédité de 3,19 %, rejettent en bloc ces résultats provisoires. Les deux hommes pointent du doigt de nombreuses irrégularités, des soupçons de fraudes massives et ce qu’ils qualifient d’inféodation de l’ANE au palais présidentiel. Henri-Marie Dondra a même appelé à l’annulation pure et simple du scrutin et à la dissolution de l’organe électoral.
Malgré l’euphorie dans le camp présidentiel et la colère chez les opposants, le processus n’est pas encore arrivé à son terme légal. Les regards se tournent désormais vers la Cour constitutionnelle, qui est la seule institution habilitée à proclamer les résultats définitifs. Les candidats disposent de quelques jours pour déposer leurs recours et présenter les preuves des griefs évoqués. La haute juridiction a jusqu’au 20 janvier prochain pour valider ou non le vote des Centrafricains.
Au-delà des chiffres, cette élection est la première de la VIIe République, née de la nouvelle Constitution de 2023. Elle se déroule dans un climat politique extrêmement polarisé, où la question de la présence des forces partenaires et de la pacification du territoire reste centrale.
Si la victoire de Touadéra est confirmée, le défi de son prochain mandat sera sans doute de renouer un dialogue inclusif avec une opposition qui se sent aujourd’hui exclue du jeu démocratique, afin d’éviter que la contestation électorale ne se transforme en une nouvelle crise d’instabilité.
Par Guylain Gustave Moke