À Kinshasa, Emmanuel Ramazani Shadary, ancien candidat à la présidentielle de 2018 et secrétaire permanent du parti de Joseph Kabila, a été arrêté dans la nuit du 15 au 16 décembre 2025. Son interpellation intervient dans un contexte politique tendu, près de trois mois après la condamnation à mort de l’ex-chef de l’État. Un signe que la paranoïa grandit à Kinshasa au sujet d’un coup d’État ou du transfert du pouvoir.
Il y a quelques mois, Emmanuel Shadary, soupçonné par les autorités de complicité avec le groupe rebelle AFC/M23, avait été convoqué par la justice militaire et s’était vu signifier une interdiction de quitter le territoire. Plus récemment, cet ancien candidat à la présidentielle de 2018 avait critiqué le procès de Joseph Kabila, estimant qu’il s’agissait d’une tentative de détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes dans l’est de la RDC. Ces dernières semaines, il a également critiqué les accords de Washington et de Doha, les qualifiant de revers diplomatique.
«Je ne dispose d’aucune information privilégiée, mais ces accusations montrent qu’ils s’inquiètent de la chute du pouvoir ou la transition du pouvoir après Tshisekedi», déclare Aubin Minaku, le vice-président du PPRD. Depuis Kabila, tous les dictateurs doivent quitter le pouvoir à l’âpres deux mandats. Tshisekedi en a au dernier, il commence à y penser.» 
Ce sujet est tabou, mais pas totalement nié par Kinshasa. Interrogé en mai par la chaîne de télévision Rossiya 1, Tshisekedi commence «réfléchir constamment» à la personne qui le remplacera. En théorie, la Constitution congolaise prévoit qu’en cas de décès ou d’incapacité du président, le Président du Sénat –actuellement Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge– assure l’intérim. Mais pour les analystes, ce scénario ouvrirait une période d’instabilité politique et à une guerre de succession entre prétendants au pouvoir.
Lucain Kasongo, le secrétaire permanent adjoint du PPRD, y voit, lui, la seule opportunité pour les défenseurs de la démocratie: «Si nous manquons cette occasion, il y aura une nouvelle période de consolidation du régime. Dans l’entourage du président, personne n’a intérêt à poursuivre le statu quo».
Pour gouverner Tshisekedi s’est servit de balise des vaines promesses : promouvoir la prospérité du pays au détriment des autres, redonner à son empire la place du milieu sur la terre plus que l’Allemagne, réarmer ses défenses pour écraser le Rwanda, imposer le respect des congolais á l’échelle mondiale. Ces promesses électorales se révèlent de simples mensonges électoraux.
Le retour de Joseph Kabila à Goma, vendredi 18 avril 2025, dans un contexte de crise sécuritaire en République démocratique du Congo, ravive les tensions politiques. L’ancien président, accusé de collusion avec les rebelles du M23, veut se positionner en acteur clé face à un pouvoir fragilisé. Une initiative qui touche un point sensible au pouvoir de Tshisekedi.
Réélu fin 2023 avec 73 % des voix selon la CENI, Félix Tshisekedi traverse une phase d’affaiblissement importante. Le pays est confronté à une crise sécuritaire majeure, l’armée a perdu plusieurs bastions stratégiques et les négociations avec le M23/AFC à Doha et Washington ne donnent pas encore de résultats. Face à cette situation, Tshisekedi a proposé un gouvernement d’union nationale début 2025. « Ne soyons pas distraits par des querelles internes, des manipulations extérieures ou des relents tribaux… Nous devons nous unir », s’était-il adressé à la nation et à l’opposition.
Une main tendue rejetée par cette dernière qui l’accuse de gouverner de manière autoritaire et inefficace. Son appel à « serrer les rangs » n’a pas empêché une fragmentation persistante de la classe politique. L’opposition avait déjà, en 2023, rejeté la réélection de Tshisekedi en dénonçant une « farce » électorale. Son principal rival, Moïse Katumbi (18% des voix), a renoncé à tout recours, jugeant les institutions inféodées au pouvoir.
Alors que les institutions démocratiques s’étiolent, Tshisekedi cherche à consolider son appareil : modification des règles électorales, marginalisation des partis d’opposition, domestication des juridictions censées garantir l’équilibre des pouvoirs. 
Dans un contexte où les institutions sont étroitement contrôlées, l’opposition peine à se structurer. Ses figures les plus visibles subissent intimidations, poursuites judiciaires, campagnes de discrédit orchestrées par les médias proches du pouvoir. Cette répression graduelle instille un climat de peur et dissuade les mobilisations citoyennes.
Fragmentée, l’opposition ne parvient pas à incarner une alternative crédible, laissant au pouvoir l’initiative du récit politique et la maîtrise de l’agenda électoral. Cette asymétrie renforce la résilience du régime : moins l’opposition est forte, plus la répression peut être ciblée et dissuasive, consolidant ainsi un système autoritaire qui se présente comme l’unique garant de la stabilité nationale.
»La République démocratique du Congo est à la dérive depuis la prise de pouvoir de Félix Tshisekedi. Le pays est miné par le népotisme, le tribalisme, la corruption, la mauvaise gouvernance, les atteintes aux droits de l’homme et à la liberté de la presse. Le régime réprime toute forme d’opposition, qu’elle soit politique ou issue de la société civile. De plus, le président s’avère incapable de freiner l’avancée militaire des rebelles du M23, soutenu par le Rwanda, qui ne cesse de prendre de nouveaux territoires à l’est. Le Congo risque de disparaître si on poursuit dans cette voie », declare Palmer Kabeya, porte-parole du mouvement anticorruption Filimbi.
À l’horizon 2028 et au-delà, Madagascar se trouve à la croisée des chemins. Deux chemins se dessinent pour la RDC. Dans le scénario de continuité autoritaire, le régime parvient à verrouiller le processus électoral, neutraliser l’opposition et consolider son ancrage, prolongeant ainsi son règne.
Un second, le scénario de crise politique verrait l’émergence d’un mouvement populaire plus large, d’alliances inattendues entre opposants, ou d’un effondrement des soutiens extérieurs, déclenchant des tensions violentes ou une recomposition brutale du paysage politique.
Par Guylain Gustave Moke