Pour la première fois depuis 1967, le président élu à la tête du Gabon ne s’appelle pas Bongo Ondimba. Après dix-neuf mois à la tête d’une transition qui a mis un terme à cinquante-cinq ans de règne de la famille Bongo, Brice Oligui Nguema a été élu pour un mandat de sept ans dimanche 13 avril.
Brice Clotaire Oligui Nguema a officiellement remporté la première élection présidentielle de la transition gabonaise avec un score écrasant de 90,35 %, selon les chiffres provisoires du ministère de l’Intérieur. Mais cette victoire, attendue et massive, est loin de faire l’unanimité.
Alain-Claude Bilie-By-Nze (3,02 %), annoncé comme le rival le plus sérieux de Brice Oligui Nguema, n’aura pas réussi à faire oublier qu’il fut premier ministre d’Ali Bongo, l’ancien président (de 2009 à 2023) désormais honni. Les six autres candidats ne dépassent pas 1 %.
Dans un discours mesuré mais incisif, Alain-Claude Bilie-By-Nze a reconnu la victoire du chef de l’État, tout en marquant clairement sa défiance à l’égard du processus électoral. « Bonne chance à lui ! », a-t-il déclaré, insistant pour dire qu’il ne s’agissait nullement de félicitations. Selon lui, le scrutin a été entaché de nombreuses irrégularités, avec des résultats « à la tête du client » et une machine de fraude qu’il juge identique à celle de l’ancien régime. 
Ancien Premier ministre d’Ali Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nze semble désormais vouloir prendre ses distances avec son passé politique. « J’ai tourné la page », affirme-t-il, se présentant comme la première figure de l’opposition au nouveau pouvoir, et dénonçant la collusion entre l’ancien Parti démocratique gabonais (PDG) et le CTRI.
Il refuse cependant de déposer un recours devant la Cour constitutionnelle, qu’il estime inféodée au pouvoir exécutif : « Je ne perdrai pas mon temps à saisir la Cour constitutionnelle tenue par un frère du Président », a-t-il lancé dans une formule cinglante, en référence au président de cette institution, Michel Oligui Nguema, frère du Président nouvellement élu.
De son côté, Brice Clotaire Oligui Nguema a préféré mettre en avant la légitimité populaire de son mandat. « Les Gabonais attendent beaucoup de nous », a-t-il déclaré, promettant de transformer rapidement l’appareil institutionnel : plus de 1 000 textes règlementaires devraient être pris dans l’année pour mettre en œuvre les fondements de la nouvelle Ve République gabonaise.
Le Président élu a rappelé que la victoire ne devait pas conduire à l’immobilisme : « La victoire, c’est le travail qui continue », a-t-il martelé à ses collaborateurs, ce lundi, après la montée des couleurs. Le défi est immense : apaiser les tensions politiques, restaurer la confiance dans les institutions, lutter contre la pauvreté, et organiser les futures élections législatives, encore sans date précise.
Le scrutin du 12 avril 2025 était présenté comme le point de bascule vers une nouvelle République. L’organisation rapide de l’élection et la participation massive ont été saluées par une partie de la population. Pourtant, l’écart de voix entre le général-président et ses adversaires laisse planer un parfum de déséquilibre.
Le 30 août 2023, la dernière élection présidentielle avait tourné au putsch. Une heure seulement après l’annonce de la victoire d’Ali Bongo Ondimba pour un troisième mandat au terme d’un scrutin ostensiblement truqué, des militaires prenaient le pouvoir et portaient à la tête de l’Etat le commandant en chef de la garde républicaine, Brice Oligui Nguema. En quelques minutes et sans effusion de sang, le général mettait fin à la dynastie des Bongo, qui avait vu Omar (de 1967 jusqu’à sa mort, en 2009) puis son fils Ali régner sur le Gabon, pays riche en pétrole et en minerais. 
Le putsch du général Oligui Nguema avait des airs de révolution de palais. Après avoir été le dernier aide de camp d’Omar Bongo Ondimba, qui dirigea le Gabon de 1967 jusqu’à sa mort en 2009, il fut commandant de la garde républicaine au temps de son fils Ali Bongo, élu à deux reprises (2009 et 2016).
Bien qu’issu du système politique précédent, le général Oligui Nguema se positionne comme une alternative en rupture avec l’ancien pouvoir.
L’élection présidentielle, largement remportée samedi par Brice Oligui Nguema, doit « permettre de tourner la page » de 55 ans d’ère Bongo, selon les nouvelles autorités. L’ancien président est en résidence surveillée et plusieurs membres de sa famille attendent leur procès.
Selon ses proches, Ali Bongo est en résidence surveillée. Mais Brice Oligui Nguema, l’homme qui l’a destitué lors d’un putsch, le 30 août 2023, et qui a remporté à 90,35 % des suffrages la présidentielle de samedi 12 avril l’assure : « Ali Bongo est libre de quitter son pays s’il le souhaite. » L’avocat de l’ancien chef de l’Etat, François Zimeray, reconnaît que les nouvelles autorités sont d’accord pour qu’il s’exile. Mais le président déchu refuse de laisser derrière lui son épouse, Sylvia, et son fils, Noureddin, arrêtés à Libreville au lendemain du coup d’Etat.
Par Guylain Gustave Moke