Le premier défi du nouveau chef de l’Etat sera de sortir le pays du marasme politique après trois mois de violences, de pillages et de grèves à répétition depuis l’élection présidentielle.
Daniel Chapo, président élu du Mozambique, a prêté serment mercredi 15 janvier au matin dans une capitale, Maputo, placée sous haute sécurité. « Moi, Daniel Francisco Chapo, jure sur mon honneur de respecter et de faire respecter la Constitution, de remplir fidèlement la fonction de président de la République », a déclaré cet ancien gouverneur provincial qui n’a jamais exercé de fonction gouvernementale. Son premier défi sera de sortir le pays de son marasme politique et d’une crise post-électorale qui a déjà fait 303 morts selon Plataforma Decide, une ONG locale.
Après trois mois de violences, de pillages et de grèves à répétition qui paralysent le pays depuis la proclamation des résultats de l’élection du 9 octobre, le centre-ville de Maputo était, mercredi, quadrillé par les forces de l’ordre. Une autorisation était nécessaire pour accéder aux abords de la place de l’indépendance où se tenait la cérémonie d’investiture du successeur de Filipe Nyusi.
La police a procédé à de nombreuses arrestations autour de ce périmètre. A l’aide de gaz lacrymogène, elle a aussi dispersé des manifestants qui avaient allumé des pneus sur des artères menant vers le centre-ville. Mardi, des affrontements entre des opposants au Frelimo, le parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1975, et les forces de l’ordre ont fait au moins un mort dans la ville de Matola, a constaté le Centre pour la démocratie et les droits humains, une ONG locale. 
A chacune de ses interventions publiques, Venancio Mondlane, le principal opposant, continue de revendiquer sa victoire à l’élection présidentielle. Des photos publiées sur son compte Facebook 24 heures avant l’investiture de Daniel Chapo le présentaient encore comme le « vrai président élu par le peuple mozambicain ». Cet ancien journaliste affirme avoir obtenu 53 % des voix.
Le candidat de Podemos, devenu le premier parti d’opposition, est rentré au Mozambique jeudi 9 janvier, après un exil de plusieurs semaines dans un lieu tenu secret. Deux de ses proches avaient auparavant été tués, dont son avocat Elvino Dias qui préparait un recours contre de présumées fraudes électorales. M. Mondlane a mis en scène son retour en s’agenouillant dans le hall de l’aéroport, collier de fleurs autour du cou et bible à la main.
« Moi, Venancio Mondlane, président élu par le peuple mozambicain… élu par la volonté sincère du peuple, je jure sur mon honneur de servir la patrie mozambicaine et son peuple », a déclaré ce prédicateur pentecôtiste, âgé de 50 ans, avant de lancer un appel à « paralyser » le pays. Les accès à l’aéroport avaient été préalablement bloqués par la police pour empêcher ses partisans de l’accueillir. Des affrontements avec les forces de l’ordre avaient alors fait « au moins deux morts », selon l’ONG Human Rights Watch.
« Le Mozambique n’est pas au bord de la guerre civile, mais l’instabilité risque de perdurer », analyse Joâo Feijo, sociologue et chercheur au sein de l’Observatoire du milieu rural au Mozambique. Daniel Chapo ne peut aujourd’hui sortir de l’impasse politique qu’en tendant la main à l’opposition.
« Il faudrait que, dans les prochains jours, Daniel Chapo nomme un gouvernement avec des ministres issus des partis de l’opposition et de la société civile mozambicaine, considère Eric Morier-Genoud, professeur d’histoire de l’Afrique à l’université Queen’s de Belfast (Royaume-Uni) et spécialiste de ce pays d’Afrique australe. C’est nécessaire pour créer un gouvernement inclusif et lancer une nouvelle dynamique dans le pays. »
Pourrait-il dans ce cas, confier le poste de premier ministre à Venancio Mondlane ? « Impossible, répond Joao Feijo. Le Frelimo ne l’acceptera jamais et le nouveau président doit obéir à sa formation. De son côté, Venancio Mondlane n’acceptera jamais d’occuper une telle fonction puisqu’il se considère comme le gagnant de l’élection.
» Le nom de Celso Correia, ancien ministre de l’agriculture élu au comité central du Frelimo en 2012, revient régulièrement pour occuper le poste de premier ministre. « Ça serait alors une mauvaise nouvelle car il est considéré comme un cacique du parti présidentiel », indique une source qui préfère rester anonyme.
Les antagonismes politiques sont profonds comme l’a encore montré, lundi, la première réunion du Parlement, déserté du fait du boycott de l’opposition. Selon les résultats annoncés par la Cour constitutionnelle, 171 sièges sont revenus au Frelimo, 43 à Podemos, 28 à la Renamo – l’ancienne rébellion durant la guerre civile (1977-1992) devenue parti d’opposition – et 8 au MDM, un autre parti d’opposition.
Investi alors que la crise perdure, Daniel Chapo est encore en quête de reconnaissance internationale. Seuls deux chefs d’Etat étaient présents à sa prestation de serment : le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embalo et le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, dont le pays limitrophe, voit ses échanges commerciaux lourdement affectés par la situation post-électorale.
Paul Kagame, président rwandais dont les soldats participent aux combats contre les djihadistes dans le nord du Mozambique, capital pour l’économie du pays du fait des gigantesques projets gaziers en cours, s’est fait représenter par son premier ministre.
Quant au Portugal, ancienne puissance coloniale, il a dépêché son ministre des affaires étrangères, estimant que « dans les circonstances actuelles », il s’agissait de la « représentation appropriée ». Le 24 décembre, l’Union européenne (UE) avait indiqué avoir « constaté des irrégularités lors du décompte des voix et une altération injustifiée des résultats des élections ».