A man stands by as a fire rages in a livestock market area in al-Fasher, the capital of Sudan's North Darfur state, on September 1, 2023, in the aftermath of bombardment by the paramilitary Rapid Support Forces (RSF). The conflict between Sudan's army under General Abdel Fattah al-Burhan and the RSF commanded by Mohamed Hamdan Daglo spread in late August 2023 to North Darfur state, with at least 27 localities burned down by the RSF and allied Arab militias, according to the Humanitarian Research Lab at the Yale School of Public Health. (Photo by AFP)
Alors que le conflit soudanais entre dans une phase de plus en plus brutale, les Forces de Soutien Rapide (FSR) ont annoncé avoir pris le contrôle total de la ville stratégique d’Al-Tina. Ce nouveau verrou territorial, situé aux portes du Tchad aggrave les tensions diplomatiques avec N’Djamena qui a immédiatement fermé sa frontière, sur fond de crise humanitaire sans précédent.
L’offensive des Forces de Soutien Rapide ne faiblit pas dans l’ouest du Soudan. Après avoir consolidé leurs positions dans plusieurs localités clés en décembre dernier, les paramilitaires dirigés par le général Hemedti ont officiellement revendiqué la prise d’Al-Tina samedi 21février.
Pour appuyer cette annonce, le groupe a diffusé sur ses canaux officiels, notamment Telegram, des séquences vidéos montrant ses combattants célébrant leur avancée sous les banderoles de la ville. Cette conquête évince les Forces conjointes, une coalition de groupes armés alliée à l’armée régulière soudanaise, qui tenait jusqu’alors ce point de passage névralgique.
Le contrôle d’Al-Tina revêt une importance capitale pour la suite des opérations militaires. En s’emparant de cette ville, les FSR dominent désormais la quasi-totalité de la région du Darfour, isolant encore davantage les dernières poches de résistance de l’armée régulière. 
En outre, cette progression resserre l’étau autour des axes de ravitaillement et place les paramilitaires soutenus par les Émirats arabes unis dans une position de force face au Tchad voisin. Cette progression risque d’entraîner une extension encore plus large du conflit régional. La frontière, devenue une zone de haute tension, a été le théâtre de multiples accrochages ces derniers mois, dont une attaque en décembre dernier qui a coûté la vie à deux soldats tchadiens.
Les FSR contrôlent la quasi-totalité de la vaste région du Darfour, dans l’ouest du pays, depuis la prise d’El-Fasher, à la fin d’octobre 2025, dernier bastion de l’armée régulière dans ce secteur. Cette conquête a été marquée, selon de nombreux rapports, par des massacres, des viols et des enlèvements. Jeudi, la mission indépendante d’établissement des faits de l’ONU sur le Soudan a fait état d’« actes de génocide ».
Les FSR ont mené depuis plusieurs attaques près de la frontière avec le Tchad, faisant deux morts dans les rangs de l’armée tchadienne à la fin de décembre 2025. La guerre au Soudan a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et elle a provoqué, dans ses heures les plus sombres, le déplacement contraint de 14 millions de personnes, provoquant ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».
Au-delà de l’enjeu territorial, cette avancée ravive les craintes de la communauté internationale quant aux exactions commises sur le terrain. De nombreux rapports d’organisations non gouvernementales imputent aux forces paramilitaires une série de crimes de guerre, incluant des massacres ciblés, des viols et des enlèvements systématiques. Ces violences s’inscrivent dans un climat de terreur qui pousse chaque jour des milliers de civils à traverser la frontière pour chercher refuge dans les camps de déplacés tchadiens, déjà saturés.
Sur le plan humanitaire, la situation est aujourd’hui qualifiée de catastrophique. Selon les Nations Unies, le Soudan traverse actuellement la pire crise de déplacement au monde. Avec des dizaines de milliers de victimes et près de 14 millions de personnes déplacées ou réfugiées, le pays s’enfonce dans une détresse absolue. Malgré l’urgence, ce conflit dévastateur semble pourtant rester en marge des grandes priorités diplomatiques mondiales, peinant à susciter une intervention internationale à la mesure du désastre.
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