Pour la deuxième fois de son histoire, l’ONU organise des auditions publiques pour les candidats au poste de secrétaire général. Un exercice de transparence inédit qui contraste avec les traditionnelles négociations opaques du Conseil de sécurité.
Dans l’enceinte feutrée du Conseil de tutelle, le rituel immuable de la diplomatie mondiale connaît une petite révolution. Pour la deuxième fois seulement dans l’histoire des Nations unies, les candidats à la succession d’Antonio Guterres se soumettent dès aujourd’hui à des auditions publiques télévisées. Un exercice de transparence radical pour une élection jadis confinée aux tractations du Conseil de sécurité.
Historiquement, la désignation du secrétaire général était le fruit de négociations opaques entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (P5). Le tournant s’est opéré en 2015-2016, sous l’impulsion de la campagne « 1 for 7 Billion ». Face à une exigence croissante de démocratie, l’Assemblée générale a instauré ces « dialogues interactifs » afin de permettre aux 193 États membres ainsi qu’à la société civile de questionner directement les prétendants sur leur vision.
Quatre candidats officiels, majoritairement issus d’Amérique latine conformément à la règle tacite de rotation géographique, présentent leur « déclaration de vision » devant la communauté internationale. 
Michelle Bachelet (Chili), ancienne présidente et ex-haute-commissaire aux droits de l’homme, milite pour un renforcement du pilier des droits humains et de l’architecture financière mondiale. Sa stature de femme d’État, reconnue à l’international, et son expérience interne à l’ONU constituent des atouts majeurs. En revanche, son âge (74 ans) et certaines critiques liées à sa gestion de dossiers sensibles pourraient fragiliser sa candidature.
Rafael Grossi (Argentine), actuel directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), plaide pour une modernisation technologique de l’ONU et une diplomatie plus active face aux menaces nucléaires et climatiques. Son efficacité à la tête de l’AIEA et sa connaissance des rouages multilatéraux jouent en sa faveur. Toutefois, il est parfois perçu comme trop technocratique et proche des intérêts occidentaux.
Rebeca Grynspan (Costa Rica), secrétaire générale de la CNUCED, fait du développement durable et de la réduction des inégalités Nord-Sud sa priorité. Experte en économie, elle incarne la voix du Sud global. Sa notoriété demeure néanmoins inférieure à celle de ses concurrents.
Macky Sall (Sénégal), ancien président du Sénégal et de l’Union africaine, souhaite restaurer l’autorité morale de l’ONU et plaide pour l’intégration de l’Afrique comme membre permanent du Conseil de sécurité. Son leadership continental et son expérience de médiation, notamment dans le conflit russo-ukrainien, constituent des atouts. Cependant, l’absence de soutien officiel de son pays et de l’Union africaine, ainsi que les critiques liées à sa gestion de l’opposition, pourraient peser sur sa crédibilité.
Malgré ce « grand oral », la réalité du pouvoir reste inchangée. Le Conseil de sécurité examinera les candidatures à huis clos dès le mois de juillet. Un seul nom sera ensuite recommandé à l’Assemblée générale, à condition de ne faire l’objet d’aucun veto des membres permanents,inter États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni.
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