La tension est montée d’un cran ce lundi autour de la question cabindaise. Le Front de Libération de l’Enclave de Cabinda (FLEC) a proclamé unilatéralement l’indépendance de ce territoire pétrolier stratégique, enclavé entre les deux Congo. Cette annonce, faite depuis l’exil, survient dans un climat délétère marqué par des arrestations de militants lors de la commémoration du traité historique de 1885. Luanda, qui tire une immense partie de ses revenus de cette région, n’a pas encore réagi officiellement.
L’enclave de Cabinda, géographiquement séparée du reste de l’Angola par la République Démocratique du Congo, est le théâtre d’un conflit latent depuis l’indépendance de l’ancienne colonie portugaise en 1975. Ce lundi, les mouvements séparatistes ont franchi un nouveau cap symbolique en déclarant leur souveraineté totale vis-à-vis de l’Angola.
Un gouvernement provisoire en préparation Au cœur du conflit : la rente pétrolière. Le Cabinda produit actuellement près des 3/5e de l’or noir angolais. Les indépendantistes dénoncent l’accaparement de ces richesses par le gouvernement central et considèrent l’Angola comme une puissance occupante.
C’est depuis Bruxelles que la rupture a été actée. Dans une vidéo diffusée ce lundi, Jacinto Antonio Telica, secrétaire général du FLEC, a officialisé la position du mouvement :« Au nom du peuple de Cabinda et dans le plein exercice de son droit à l’autodétermination, nous déclarons solennellement que Cabinda est et sera désormais un État souverain et indépendant. »
Le Secrétaire Général a précisé la feuille de route politique : le mouvement compte nommer un parlement chargé de rédiger une constitution. Un exécutif provisoire sera ensuite désigné pour assurer l’organisation institutionnelle de l’État, gérer la transition politique et assurer la représentation diplomatique de la nouvelle « République de Cabinda« .

Si le gouvernement angolais n’a pas encore fait de déclaration officielle, la réponse sécuritaire sur le terrain ne s’est pas fait attendre.
Dimanche, la police a arrêté cinq manifestants lors d’un rassemblement organisé pour marquer le 141e anniversaire du traité de Simulambuco. Ce traité, signé en 1885, avait placé le Cabinda sous protectorat portugais, distinct administrativement de l’Angola, un argument juridique clé pour les indépendantistes.
Face à cette répression, André Quinta, représentant du FLEC chargé des relations internationales, a durci le ton. Il a averti que le mouvement ne cesserait pas sa lutte armée tant que l’indépendance du Cabinda ne serait pas effective sur le terrain, laissant craindre une possible recrudescence des violences dans la région.
Les Cabindais entendent lancer un message au président américain Donald Trump et à son attrait pour les matières premières pour contrer l’hégémonie actuelle de la Chine dans ce secteur. “Nous lançons un message au président Trump. Nous sommes prêts à partager nos richesses avec les États-Unis”, poursuit M. Nzita qui évoque une forme de donnant-donnant. “Le droit à l’autodétermination, la sécurité du peuple cabindais en échange d’un accès à nos matières premières.”
Un deal susceptible de séduire Donald Trump ? Pas évident, l’Angola est considérée comme une puissance régionale clé par Washington. Les Américains ont massivement investi dans le couloir de Lobito qui doit permettre l’évacuation des minerais du Katanga congolais par la façade atlantique. Sans oublier les majors pétrolières Exxon Mobile et Chevron très actives depuis de longues années à Cabinda sous le drapeau angolais.
La Maison-Blanche, qui a de nombreux fers au feu, préférera certainement poursuivre les contrats en cours avec l’Angola plutôt que tout remettre en cause pour permettre l’indépendance de Cabinda.
Par Guylain Gustave Moke