La junte au pouvoir au Burkina Faso a suspendu, mardi 21 avril, 359 associations pour « non-renouvellement de leurs instances », une semaine après avoir annoncé la dissolution de 118 autres associations, pour une grande partie engagées dans la défense des droits humains, invoquant des « dispositions légales en vigueur » sans autres précisions.
Les associations suspendues mardi, par un arrêté du ministre de l’administration territoriale, Emile Zerbo, interviennent notamment dans les domaines de la religion, de l’environnement, des droits humains, du sport, de l’éducation ou encore de la solidarité. « Pendant la durée de la suspension, seules les actions tendant à régulariser la situation de chaque association sont autorisées », souligne le document.
Le Burkina est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat militaire en septembre 2022. 
En juillet 2025, le chef de la junte a promulgué une loi qui encadre la liberté d’association, les ONG et les syndicats. Cette loi réaffirme la liberté d’association tout en la subordonnant à des obligations strictes de déclaration, de contrôle administratif et de conformité légale, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à la dissolution.
Selon les autorités, la loi vise à renforcer la transparence, à faire la cartographie des associations et ONG et à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du « terrorisme ». Le pays fait face depuis plus d’une décennie aux offensives meurtrières de groupes affiliés à Al-Qaida et au groupe Etat islamique sur de larges pans de son territoire.
Les ONG internationales ou associations fonctionnant avec des financements internationaux sont souvent accusées d’espionnage ou de collusion avec les djihadistes. « Nous avons des associations et des ONG dont on ignore les sources de financement, dont on ignore les programmes d’activité. On va mettre fin à cela », a affirmé samedi le premier ministre, Jean Emmanuel Ouédraogo, à la télévision publique. « Aucune association ne va être le cheval de Troie pour qui que ce soit », a-t-il clamé.
Lundi, l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch avait déploré que la loi permettait à la junte d’« intensifier sa répression généralisée de la société civile ».
Début avril, le capitaine Ibrahim Traoré, qui mène une politique souverainiste et revendique une « révolution progressiste populaire », avait déclaré que les Burkinabés devaient « oublier la démocratie ».
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