Agé de 92 ans et au pouvoir depuis quarante-trois ans, le chef de l’Etat n’a pas encore officialisé sa candidature pour l’élection présidentielle prévue en octobre.
Moins de six mois avant l’élection présidentielle prévue en octobre au Cameroun, la possible candidature de Paul Biya, 92 ans, au pouvoir depuis quarante-trois ans, fait débat dans une jeunesse camerounaise en quête de renouveau. « Un nouveau mandat de Paul Biya ? Je n’y crois plus », lâche Ibrahim Baba, 29 ans, en ajustant le moteur d’une moto dans son atelier du quartier Mokolo, à Yaoundé.
Ange Ngandjo, 35 ans, banquier consultant, va plus loin : « Ce serait une candidature de trop. Il a donné ce qu’il pouvait. Notre génération, formée et compétente, veut aussi construire ce pays. » Pour ce trentenaire, le chef de l’Etat devrait faire preuve « d’élégance républicaine » et céder la place.
A l’université de Yaoundé II, Célestine Mbida, étudiante en droit de 24 ans, s’apprête à voter pour la première fois. Sans être ouvertement critique vis-à-vis du président sortant, elle estime que « ce scrutin représente beaucoup. (…) C’est l’avenir du pays qui se joue. Je veux y participer ». 
Le président nonagénaire, au pouvoir depuis 1982, n’a pas officialisé sa candidature. A un mois de la date légale de dépôt des candidatures, les appels à un nouveau mandat du chef de l’Etat se multiplient. Mais au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), M. Biya, président national du parti, ne fait plus l’unanimité.
Certains militants plaident pour la continuité et d’autres, comme Léon Theiller Onana, conseiller municipal RDPC de Monatélé, ville à 70 kilomètres au nord de Yaoundé, dénoncent l’absence de congrès depuis 2011, qu’ils jugent incompatible avec une nouvelle investiture. Le 25 mars, il a même saisi la justice à Yaoundé pour contester la « légalité et la légitimité » des instances dirigeantes du RDPC.
Pour faire face aux critiques plus ou moins larvées de la jeune génération, les partisans du chef de l’Etat s’organisent. Dans l’Extrême-Nord, région où le taux de pauvreté avoisine 69 %, selon l’Institut national de la statistique (INS), un rassemblement baptisé « 100 000 jeunes unis derrière Paul Biya en 2025 » s’est tenu samedi 17 mai à Maroua, un bastion longtemps favorable au président.
« Le président a commencé plusieurs projets ayant eu un impact direct sur le développement du Grand Nord. Il mérite notre soutien. Continuer dans cette voie est essentiel », défend Mohamadou Atikou Kalda, coordonnateur de la Plateforme des jeunes de l’Extrême-Nord pour l’émergence. Selon les initiateurs du rassemblement, l’objectif est de faire bloc autour de Paul Biya pour « une victoire éclatante lors de la présidentielle d’octobre prochain ».
Mais, sur place, certains observateurs dénoncent une mise en scène. « Les gens doivent avoir le courage de dire à [Paul] Biya qu’il a échoué. Ils ont ramassé des enfants pour faire croire qu’il a encore du soutien dans l’Extrême-Nord. C’est faux, c’est de la mascarade », accuse un jeune homme dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux.
Pour Aristide Mono, docteur en sciences politiques de l’université de Yaoundé II, les attentes de la jeunesse sont grandes. « Que l’on soit jeune, vieux, femme ou homme, les préoccupations sont les mêmes : insécurité persistante dans l’Extrême-Nord, crise [séparatiste] anglophone, chômage élevé, coût de la vie, tribalisme », explique-t-il à l’Agence France-Presse (AFP).
Selon lui, « la jeunesse, comme les autres couches sociales, s’interroge sur l’après-Biya. Car un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, Paul Biya ne sera plus au pouvoir. Il faut donc anticiper et organiser l’alternance pour éviter les crises de succession qui ont souvent débouché sur des guerres civiles ».
Cette incertitude pèse sur l’image du pays à l’international. Dans un rapport de novembre 2024, l’agence de notation américaine Fitch alerte : « L’absence de plan de succession et les divisions internes au sein du parti au pouvoir exacerbent le risque d’une transition désordonnée du pouvoir. »
Face à Paul Biya, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, principal parti d’opposition, ne fait guère figure de jeunesse. Agé de 71 ans, celui qui est arrivé deuxième à la présidentielle d’octobre 2018 affirme pourtant faire de la jeunesse l’un des piliers de son programme. « Si notre pays doit survivre et gagner un certain rang demain, il faut préparer les jeunes », juge-t-il.
Dans un pays où près de 60 % de la population a moins de 25 ans et où le taux de chômage des jeunes avoisine 74 %, l’élection d’octobre s’annonce décisive pour une génération en quête d’occasions et de changement.
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